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JOURNAL SPIRITUEL

1941

Le Docteur Azevedo

 

« Tu n’es pas seule... »

Courage, ma fille, courage, épouse si chère ! Offre-moi ta douleur, offre-moi ton martyre, ta croix sans pareille. Tu n'es pas seule sur celle-ci, comme je te le fais sentir : Je suis avec toi et veille sur toi, ainsi que ma Mère bien-aimée. Te souviens-tu comment Elle t'est apparue dans la nuit du 16 au 17 en Immaculée Conception, titre que toi tu aimes tout particulièrement ? Elle est venue te réconforter, sans que tu le voies, Elle est venue veiller sur toi, comme une mère empressée veille auprès de son enfant endormi. Elle est venue te câliner et te couvrir de son manteau. Et toi, tu n'en as pas parlé dans le Journal que tu as dicté : je ne veux pas que tu agisses ainsi.

Avec une grande tristesse je lui ai dit :

Pardonnez-moi, mon Jésus : j’ai douté de moi-même, je craignais qu'il ne s'agisse que d'un rêve. O combien j'en suis attristée ! Si vous me réprimandiez pour mes péchés, je ne serais pas davantage attristée.

— Je ne te réprimande pas pour tes manquements : ceux-ci sont permis par moi mais je te réprimande parce que je veux que tu dises tout ce qui se passe en toi: c'est pour le bien des âmes. [1]

« Ton Calvaire finira bientôt... »

— Ton Calvaire finira bientôt, mais pas avant que mes desseins se soient réalisés. Courage ! Tu bénéficies de l’aide de ton Directeur, de ton Jésus et de ta Mère bénie ! [2]

Divines promesses...

— Je te promets, en ce samedi qui lui est consacré (à la Sainte Vierge), que ta vie sur terre ne durera pas bien longtemps. Je te promets aussi de t’accorder dans le ciel, par tes demandes et ton amour, ce que déjà maintenant je t’accorde sur la terre par ta douleur. Mais pour cela, ma fille, il faut que tu demandes au Saint-Père qu’il ait pitié de ton martyre et qu’il donne satisfaction aux sollicitations de Jésus, c’est-à-dire, qu'il consacre le monde à ma Mère bénie. [3]

« La Maman veillait sur moi !... »

(...)
Mon père, l’aurore de cette journée m’est apparue toute gaie et souriante. [4] Je sentais la douleur, mais celle-ci était rendue suave par la Maman qui veillait sur moi... De nouveau j’ai senti son Manteau se déployer sur moi et sur beaucoup d'âmes qu'Elle étreignait et unissait comme en une seule : à toutes Elle dispensait sa tendresse, son amour. Mon cœur en reste encore tout enflammé. [5]

« Jésus m’a préparée à la souffrance... »

Jésus m’a préparée à la souffrance de mardi dernier. Je n’en connais pas le motif. Sans doute parce que cette âme-là décidée à se réconcilier avec le Seigneur est partie d’ici pour Braga ? Jésus le sait pour qui j’ai offert mes souffrances et mes sacrifices afin que ce pécheur-là fasse une bonne confession. La souffrance fut telle que je n’en pouvais plus. Je n’ai pas ressenti de joie pour le retour de cette brebis. Mercredi, jour de saint Joseph, j’ai reçu les couronnes que vous m’avez envoyées par l’intermédiaire de cet homme. [6] Certaines personnes ont éprouvé une grande émotion en le voyant faire la communion devant tous. A cette nouvelle, je suis encore restée dans la tristesse et dans la mort: je n’ai pas eu un seul moment de satisfaction...

(...)
J’ai passé la fête de saint Joseph dans les ténèbres, sans pouvoir voir le ciel mais toujours dans l’anxiété de donner des âmes à mon Jésus et de parcourir le pays entier à leur recherche... [7]

« Mon pressentiment se réalise... »

Mon pressentiment au sujet de l’examen du docteur Abel Pacheco est en train de se concrétiser. J’ai parlé au docteur Azevedo et il m’a dit que celui-ci était presque indispensable, mais que je réfléchisse à la chose devant le Seigneur. Si après cela je pensais ne pas devoir le faire, on ne le ferait pas. Mais le Seigneur m’a donné ces sentiments “de me remettre entre les mains des médecins comme Lui Il s’est remis jusqu’à la mort entre les mains de Son Père ; ce ne serait que comme cela que mon sacrifice serait complet”.

— Que pouvez-vous me dire à ce sujet ? [8]

« Quelle tempête terrible... »

La journée d’aujourd’hui ne s’est pas écoulée sans qu’il tombe sur moi une souffrance de l’âme et du cœur bien difficile à supporter. À la tombée de la nuit s’est déchaînée une des plus terribles tempêtes. J’ai commencé à ressentir une révolte et un très fort désir de m’imposer car les médecins ne venaient pas pour leur examen, pour que je sois libérée de beaucoup d’humiliations et de désagréments. Je sentais en moi une forte résistance, je ne voulais pas me soumettre à la douleur ; je voulais tout souffrir à condition de ne rien ressentir. C’est alors qu’est tombée sur moi toute la rage infernale: j’ai compris que c’était là, l’œuvre du malin. Les démons étaient enragés, ils voulaient engloutir mon corps tout entier.

J’en voulais surtout au docteur Azevedo ; j’avais l’impression de ressentir contre lui une haine de mort et c’était moi-même à vouloir le mordre pour le mettre en morceaux et le broyer. Quelle tempête terrible ! Ce n’est que dans les bras de Jésus et de la Maman du ciel que je pouvais être sûre de ne pas offenser mon Dieu.

Si le monde connaissait les embûches du démon, les pièges qu’il prépare aux âmes pour les conduire au péché !... Je pense ne pas avoir causé de peine à Jésus, parce que je ne veux que ce qu’il veut et ne jamais l’offenser...

— Dis au Pape que Jésus, demande et ordonne de consacrer le monde à sa Mère. Qu’il le lui consacre rapidement, s’il veut que la guerre se termine, rapidement s’il veut que le monde ait la paix. [9]

« Le médecin m’a écrit... »

(...)
Le médecin m’a écrit pour me dire qu’il était allé à Braga mais qu’il ne vous a pas trouvé; mais qu’il vous écrira pour vous informer sur ce qui se passe. Il a déjà parlé au docteur Abel Pacheco lequel est prêt à venir pour l’examen. Le médecin des maladies nerveuses ne vient pas et n’a pas assuré non plus de venir par la suite. Je ne connais pas encore le jour où je serai examinée. Me le communiquerez-vous ? Priez pour moi afin que Jésus me donne du courage... [10]

« Je voudrais fuir le monde... »

Mon Père, si seulement vous me donniez l’autorisation de demander à Jésus le paradis au plus vite !... Ce n’est pas pour fuir la douleur, mais parce que ma souffrance et ma crucifixion sont en train de devenir trop connues. Je voudrais fuir le monde afin que personne d’autre ne me connaisse. Oh, combien de tourments ma crucifixion m'a apportés ! J’ai tant de nostalgie du temps où Jésus me parlait souvent et personne n’en savait rien de ma vie sinon celui qui en avait le droit... [11]

« Je dois aller à Porto... »

Vers le soir pour combler ma souffrance, j’ai reçu du digne docteur Azevedo la nouvelle que jeudi, premier mai, le docteur Abel Pacheco, de Porto, allait venir pour pratiquer l’examen. Ce fut comme une lance qui m’aurait traversé le cœur et, cruellement le clouant sur la terre nue. Et c’était contre cette même terre que celui-ci saignait de douleur. Le lundi est arrivé et je l’ai passé dans la même souffrance. Je voulais m’épancher de façon à chasser hors de moi la crainte et la honte qui me tourmentaient. Je me suis souvenue que c’était là une bonne occasion pour consoler et réparer pour mon Jésus, souffrant en silence avec Lui ; je Lui ai offert le sacrifice du silence et je Lui ai promis de ne pas en parler. Cela m’a été douloureux, mais avec Jésus j’ai vaincu... J’ai préparé avec soin et joie le petit autel de la Maman chérie... Je lui ai écrit une lettre et l’ai déposée à ses pieds pour le premier jour de son mois. Je suis confiante qu’elle me fera tout ce que je lui ai demandé...

Le jeudi est arrivé ; ce fut bien triste: j’attendais les médecins. Quel tourment ! J’ai dit trois fois : “Premier mai, comme tu es pénible ! Qu’arrivera-t-il encore avant la fin ?”

À la Communion j’ai offert le sacrifice que je devais affronter ; je l’ai offert pour ces âmes qui s’en vont chez les médecins pour pêcher et offenser Jésus. J’ai imploré la force du Ciel ; j’ai demandé la lumière et l’amour de l’Esprit Saint, le secours de la très Sainte Trinité, celle de Jésus Eucharistique, celle de la Petite-Maman, ainsi que celles de saint Joseph, de sainte Thérèse, [12] de sainte Gemma, [13] etc..

L’heure est arrivée et j’ai été examinée. Les souffrances du corps m'ont été douloureuses, mais celles de l’âme aussi. Quelle humiliation ! Aussitôt que les médecins sont partis, je voulais pleurer; exprès, j’ai caché mes larmes. J’ai dit à Jésus que je ne pleurerai pas pour que Lui non plus, ne pleure pas les péchés du monde.

J’ai levé mon regard vers la Maman du ciel et je lui ai dit :

Je suis prête pour un autre sacrifice... Dites-le à Jésus pour moi. Faites que je souffre ! Faites que j’aime ! Je veux mourir d’amour.

Pendant toute la journée, mon corps et mon âme étaient plongés dans une mer de douleur !... [14]

Partie à Porto...

Il est triste que le monde ne connaisse pas l’amour de Jésus pour les âmes! Nous le verrions davantage aimé et moins offensé. À la fin, Jésus m’a éclairée. Nous sommes partis à Porto. C’est sa volonté afin d’augmenter ma souffrance. [15] Que cela soit pour sa plus grande gloire. Comme j'ai honte et comme j'ai peur!... [16]

« Unis ta douleur à la mienne... »

— Unis ta douleur à la mienne, ton amour au mien ; ce n’est que de cette manière que le chemin de ton Calvaire pourra être plus suave ; ce n’est que de cette manière que les pécheurs pourront être sauvés ; ce n’est que de cette manière que la paix pourra venir dans le monde, et elle viendra vite. Ensuite, le monde entier se réjouira d’être consacré au Cœur de Ma Mère bénie qui est aussi latienne... [17]

« Je me trouve dans une nuit obscure... »

Je me trouve dans une nuit obscure, sans la moindre goutte de rosée. [18] Il n’y a pas de baume pour les douleurs de mon âme. Je vois de loin les coups qui blessent mon cœur. J’ai du mal à respirer sous le poids des humiliations. À l’idée des souffrances que me procurera mon voyage à Porto, je me dis à moi-même :

Je vais en jugement.

Opprimée et anéantie par cette douleur, je pense :

  — C’est pour Jésus et pour les âmes !

Et alors tout mon être se transforme en une seule pensée :

Dieu en tout et avant tout.

Je passerai toute ma vie ne pensant qu’à Dieu seul. Tout passe : Dieu seul reste. La pensée de Dieu enveloppe ciel et terre. Je m’abîme en Lui. Je peux l’aimer et penser à Lui pendant toute l’éternité. Cette pensée me soulage ; cependant c’est ainsi que j’adoucis ma douleur et que je peux sourire au tableau triste et douloureux qui se présente à moi. Je fais semblant d’avoir une grande joie de mon voyage à Porto, afin de rasséréner les miens et qu’ils ne comprennent pas la douleur qui habite mon cœur... [19]

Première rencontre avec le docteur Azevedo.
Nouveaux examens médicaux

Le 29 janvier 1941 j’ai eu la visite d’un prêtre connu et de diverses autres personnes de la paroisse. Après une longue conversation, j’ai appris que parmi eux il y avait un médecin. J’ai rougi, non pas que j'ai menti au sujet de mes douleurs, mais parce que je ne m’y attendais pas. Il m’a parlé et est resté souriant. Je ne sais pas ce que j’ai éprouvé à son égard. J’étais bien loin de penser que peu de temps après il serait devenu mon médecin traitant.

Il [le Dr Azevedo] a commencé [son œuvre] en m’examinant minutieusement, avec beaucoup de délicatesse et de charité. À la fin de son examen, il a jugé opportun d’inviter le docteur Abel Pacheco [20] et mon médecin traitant de l’époque. [21]

Je suis restée très triste parce que j’étais saturée d’examens médicaux, mais j’ai accepté la nouvelle épreuve comme étant la volonté de Dieu et pour le bien des âmes.

Le premier mai de la même année j’ai été examinée par le docteur Pacheco. L’examen n'a duré que quelques minutes, mais il a été source de grandes souffrances pour le corps ainsi que pour l’âme : pour le corps parce que ses mains semblaient de fer ; pour l’âme parce que je ressentais déjà les humiliations et les conséquences de cet examen.

Malgré tout cela, j’étais encore loin d’en voir le bout !

Retour à Porto

J’ai été informée par le docteur Azevedo qu’il serait mieux que je retourne à Porto afin de consulter le docteur Gomes de Araujo. [22]

Pendant un mois j’ai prié pour savoir si c’était bien là la volonté de Dieu. Plus je demandais de la lumière et plus les ténèbres augmentaient et plus profonde devenait la souffrance de l’âme, car je ne savais pas quoi faire. Finalement, le Seigneur m’a dit qu’Il voulait que je parte. [23]

Deuxième voyage à Porto

Mon état physique est assez grave. Ils craignaient de m’enlever de mon lit pour un aussi grand voyage. Moi même je craignais beaucoup: si rien que le fait de me toucher était cause de grandes souffrances, comment pouvais-je aller aussi loin ?... Encouragée par les paroles du Seigneur, je m’en suis remise à Sa divine Protection, et me suis préparée pour partir à l’aube du 15 juillet 1941.

À quatre heures, j’avais déjà fait mes prières. Pour montrer que j’en étais contente, j’ai appelé ma sœur pour lui dire que “nous allions en ville”: rien que pour cacher ma douleur. Pendant que je lui disais cela, j’ai entendu la voiture qui arrivait chez nous.

Le docteur Azevedo et une personne amie [24] sont entrés dans ma chambre. Après une courte conversation, pendant que ma sœur s’habillait, nous nous sommes préparés pour partir. Nous sommes partis à 4h30, afin de ne pas alarmer la population ; il faisait encore nuit. En effet, nous sommes sortis du pays sans rencontrer personne.

Mon âme était encore dans un plus grand silence ! Plongée dans un abîme de tristesse, sans interrompre mon union intime avec Jésus, je voyageais en Lui demandant toujours davantage de courage pour les examens qui m’attendaient et en les offrant en sacrifice afin que Jésus accorde son divin Amour à toutes les âmes. J’invoquais aussi la Maman du ciel et les saints qui m’étaient les plus chers.

Rien ne m’attirait et, tout ce que je voyais me causait une profonde tristesse. De temps à autre ils interrompaient mon silence pour me demander si j’allais bien ; je les en remerciais sans même sortir de l’abîme dans lequel j’étais plongée.

Il faisait jour quand nous sommes arrivés à Trofa, chez la personne qui nous accompagnait: là je devais me reposer et recevoir mon Jésus, en attendant de repartir pour Porto.

Avant de reprendre le voyage, on m'a portée dans le jardin et, soutenue par l’action divine, je me suis approchée de quelques petites fleurs que j’ai cueillies en pensant :

Le Seigneur, quand Il les a créées, savait déjà qu’aujourd’hui je serais venue les cueillir.

J’ai été photographiée dans deux endroits différents et, je me suis déplacée toute seule, pour aller de l'un à l'autre, ce qui ne m'était plus arrivé depuis que j'étais allitée, [25] de la même façon  que je ne pouvais plus me retourner dans mon lit sans l'aide de quelqu'un. Ce fut un miracle de Dieu, car sans Lui, je n’aurais pas pu le faire.

Nous avons repris le voyage: mon âme souffrait horriblement.

À quelques kilomètres de Porto, Jésus a retiré son action divine. J’ai commencé à ressentir les souffrances physiques habituelles  qui m’ont tourmentée jusqu’à la fin du voyage. J’ai dit alors, non parce que je connaissais la distance, mais parce que mon état me l’a fait dire :

Nous sommes déjà proches de Porto.

Quelqu’un a répondu :

Nous y sommes, nous y sommes !

En effet, j’ai pu voir qu’il ne nous restait plus que six kilomètres à parcourir.

La sortie vers le cabinet a été douloureuse, autrement dit : martyre pour le corps, agonie pour l’âme; il me semblait que j’allais mourir.

Avant d’entrer dans la salle de visites, j’ai dit à celui qui me portait dans ses bras :

Posez-moi, posez-moi, même si c’est sur le carrelage !

Au même moment le médecin est arrivé et il me fit allonger sur un brancard, où je suis restée en attendant la consultation. Quelques instants avant que je ne rentre dans le cabinet du docteur, Jésus m’a libérée de l’agonie de l’âme, ne me laissant que les souffrances physiques, afin que je puisse mieux résister.

La consultation a été assez longue et douloureuse. Pendant que l’on me déshabillait, on m’encourageait et moi, me souvenant ce que l’on avait fait à Jésus, je me disait en moi-même :

Même Jésus a été déshabillé.

Et je n’ai pensé à rien d’autre.

Le docteur Gomes de Araujo, même s'il avait des gestes un peu brusques, a été prudent et attentionné.

Pendant le retour à la maison, Jésus a exercé sur moi son action divine, afin que je résiste au voyage, mais il m’a laissée de nouveau l’âme angoissée.

Arrivés à Ribeirão on m’a fait reposer chez le docteur Azevedo afin d’attendre la nuit et de pouvoir rentrer au pays sans que personne ne s’en rende compte.

Que ce soit chez Monsieur Sampaio ou chez le médecin j’ai été traitée avec beaucoup d’égards, mais nul ne parvenait à me réconforter, alors même que je souriais pour cacher le plus possible ma douleur.

Il faisait déjà nuit quand nous avons repris le voyage. Tout m’invitait à un silence de plus en plus profond. J’étais indifférente à tout. Pendant le trajet, je n’ai rien vu d’autre que les fleurs du jardin de Famalicão parce que quelqu’un me les avait signalées.

Nous sommes arrivés à la maison à minuit, obtenant ainsi, que personne ne se soit rendu compte de notre absence.

Après ce voyage, mes souffrances physiques ont assez augmenté. [26]

« Combien de choses me venaient à l’esprit !... »

Mon voyage à Porto et la publication de ma vie ont alarmé les supérieurs de mon directeur spirituel à un point tel que peut-être il lui sera interdit de venir vers moi, de me porter l'assistance religieuse dont j’ai besoin et enfin, de m’écrire et de recevoir de mes nouvelles !

Depuis lors, j’ai commencé à vivre d’illusions :

Viendra-t-il aujourd’hui, viendra-t-il demain ?

Combien de choses me venaient à l’esprit ! L'idée de perdre du temps en divagations inutiles me tourmentait, mais je n’ai pas réussi à détourner ma pensée de ce qui me faisait tant souffrir.

Ma vie est devenue un sacrifice total. Je peux même affirmer que je ne sais pas ce que c’est que d’être heureuse, cela aussi me peine. Je me sens à la fin de ma vie: j’attends l’éternité. Là seulement je pourrai remercier Jésus de m’avoir choisie pour cette vie de sacrifice continu, pour n’aimer que Lui, pour Lui sauver des âmes. [27]

« Tes souffrances pour les prêtres... »

Préoccupée par ces événements je ne faisais que prier. Quand je suis arrivée dans ma pauvre maison aussitôt j'ai enduré des douleurs atroces qui me consumaient le corps,  qui résultaient peut-être de l'examen et du voyage... Dans les heures de plus grande angoisse, Jésus me disait :

— Voici, ma fille, tes souffrances pour les prêtres. Souffre pour eux. La souffrance répare. Les ardeurs qui te brûlent, ce sont les ardeurs de leurs passions. Je me suis servi de l’examen médical pour te faire souffrir pour eux... [28]

« Le poids des humiliations pèse sur moi... »

Mes douleurs, augmentées à cause de l’examen, continuent. Mais peu importe. Je peux ainsi en donner davantage à Jésus et Lui, Il peut les distribuer aux âmes. Je veux consoler son divin Cœur tellement blessé. Je veux que ma souffrance soit comme l’encens très fin qui s’envole continuellement vers le ciel.

Le poids des humiliations pèse sur moi et, savoir que j’ai pu être la cause d’humiliations pour vous et pour mon Père spirituel, m’afflige beaucoup. Veuillez me le pardonner. Je ne voudrais pas vous faire souffrir... [29]

« Il trompe les gens... »

Hier je n’ai pas eu la force de décrire les sentiments de mon âme et tout ce que j’ai souffert... L’heure de la crucifixion est arrivée. Jésus est venu me soutenir, comme d'habitude, afin d'atténuer ma douleur et me donner courage pour monter au Calvaire.

— Viens, ma fille, monte au Calvaire avec douceur et amour. Ta souffrance a pour moi la douceur du miel ; ta souffrance me donne beaucoup de consolation et sauve beaucoup de pécheurs. Courage ! Appuie-toi sur ton Directeur, sur ton Jésus et sur ta Petite-Maman.

Je suis alors partie au Jardin des Oliviers, remplie de paix et de courage. Cette jouissance a été de courte durée. Soudain, Jésus m’a appelée :

— Ma fille, il y a à Lisbonne un prêtre qui est tout près de tomber en enfer. Il m’offense très gravement. Appelle ton Père spirituel, et demande-lui l’autorisation pour que je fasse souffrir, pendant la passion, d’une façon bien plus atroce, pour ce prêtre.

C’est ce que j’ai fait.

Comme mon Père spirituel m’y a autorisée, je suis de nouveau tombée au Jardin des Oliviers, afin d’y souffrir bien atrocement. Je sentais avec quelle gravité ce prêtre offensait Notre-Seigneur. Je sentais pareillement l’indignation de Notre-Seigneur contre lui. Jésus me disait :

— L’enfer ! L’enfer !...

Et j’avais l’impression que ce prêtre allait vraiment y tomber. Alors, moi, je disais :

Non, non, mon Jésus ! Pas en enfer ! Il pèche, mais je serai sa victime ; non pas uniquement lorsqu’il commet le péché, mais pendant tout le temps que vous voudrez.

Notre-Seigneur m’a dit alors :

Il trompe les gens. Tous pensent qu’il est bon, mais il m’offense beaucoup.

Et moi, je disais :

Il trompe les gens, mais vous, il ne vous trompe pas ; oubliez, mon Jésus; ayez compassion de lui.

Jésus m’a dit son nom : c’est le Père X... [30]

Pendant presque tout le temps qu’a duré la Passion, j’ai ressenti son péché. Et Jésus était toujours très en colère contre lui, et me disait :

En enfer ! En enfer !...

Pas en enfer, mon Jésus ; je souffre pour lui. Immolez mon corps, mais épargnez-le des peines éternelles.

Et pendant toute la Passion je sentais la blessure qu’il produisait dans le Cœur de Jésus. Une blessure si douloureuse ! C’était comme des épées qui, continuellement, blessaient mon pauvre cœur.

Mon corps a été horriblement maltraité, mais le prêtre n’est pas tombé en enfer ; bénies souffrances ! [31]

« Ma Petite-Maman m’a embrassée... »

Lors des premiers moments de mon épuisement, [32] j’ai senti que Jésus et la Maman me caressaient. Elle s’est placée à ma gauche et prenant ma tête, l’a posée sur son très saint Cœur et d'une voix très tendre m’a dit :

Ma fille, aie courage : c'est pour mon amour, pour l’amour de mon Jésus...

La Petite-Maman m'a embrassée et m’a serrée très fort contre son Cœur, m’a fait voir la lumière qui pénétrait les âmes et son triomphe à Elle...

Les visites de la Maman du Ciel [33] se sont répétées: Elle me caressait, me prenait dans ses bras, me couvrait de sa douce tendresse. [34]

La Maman qui console...

Hier, jeudi, j'étais envahie par la douleur et par la peur, et aveuglée par les ténèbres... Je voguais dans les airs, perdue comme l'oiseau qui dans la tempête cherche une branche où se poser. Je n'ai pas trouvé où me reposer.

Je me suis lancée entre les bras de la Maman et je Lui ai dit que j'offrais ma douleur afin que la paix revienne dans le monde. [35]

J’ai ressenti quelques moments de soulagement.

Pauvre de moi, si à ces moments-là la Petite-Maman ne m'avait pas secourue! Je n'en pouvais déjà plus ! [36]

Vers le couronnement d’épines...

Je suis alors partie vers le couronnement d'épines. Mes souffrances augmentèrent. Je suis restée pour quelque temps dans le refuge du Cœur de la chère Petite-Maman: j’ai reçu de ses lèvres célestes un tendre réconfort et beaucoup d'amour, comme s'il s'agissait de l'eau d'une source pure et cristalline. [37]

« J’aime tous ceux qui t’aiment... »

— Je t'aime parce que tu m'aimes et aimes mon Fils Jésus. Je t'aime parce que je vois en toi la candeur du lys et de l'iris, et leur parfum t'embaume.

J'aime tous ceux qui t'aiment et qui te soutiennent. Ils recevront tout de moi et de Jésus. [38]

Visite d’un prêtre “journaliste”: Ses conséquences.

Le 27 août 1941 j’ai eu la visite de Monsieur le curé accompagné du Père Terças et d’un autre prêtre. Cette visite fut pour moi très agaçante, parce que j’ai dû faire le sacrifice de répondre devant tous à une série de questions du Père Terças. J’ai répondu consciencieusement à toutes les questions, car j’ai pensé qu’il était venu pour faire une étude, comme d’autres l’avaient fait. Cependant, le Seigneur seul sait combien cela m’a coûté de devoir parler de la “Passion” ; et c’est surtout sur celle-ci qu’il m’interrogea.

Monsieur le Curé m’a dit que le Révérend désirait revenir le vendredi 29 août. [39] Je ne voulais pas y consentir sans consulter mon directeur mais, m’ayant dit qu’il devait repartir à Lisbonne ce jour-là, [40] j’ai cédé à sa demande, lui disant :

Je pense que vous ne venez pas ici par curiosité, n’est-ce pas ?

  Ayant été rassurée sur ce point, j’ai accepté, même si sa visite un vendredi me déplaisait assez.

Il est venu, mais accompagné de trois prêtres. J’étais bien loin de penser que cette visite me préparait un nouveau calvaire : peu après il publia tout ce qu’il avait vu et tout ce qu’il avait appris sur moi. [41]

Que le Seigneur accepte les souffrances qui m’ont été causées par cette publication qui étala sur la place publique mes secrets cachés pendant de longues années.

De temps à autre, les commentaires à mon sujet, me parvenaient aux oreilles : c’étaient comme des épines que les gens m’enfonçaient involontairement dans l’âme. Ceux qui lisaient cette revue là ou écoutaient ce qui se disait sur moi, en recevaient des sensations diverses.

(...)
Je sais que peu personnes me comprendront, mais en ce qui me concerne, une seule chose me suffit: Jésus comprend tout.

J’ai su qu'hier déjà on s’informait sur une certaine Alexandrina de Balasar et que des gens du village réclamaient la revue dans laquelle on parlait de moi. J’ai beaucoup pleuré. Tournée vers le Tabernacle de l’église j’ai dit à Jésus :

Vous avez permis que j’arrive à ce stade et Vous ne venez pas me chercher pour aller au ciel !

Tout à coup il m'est venu à l’esprit que je pouvais faire plaisir à Jésus et je me suis dit :

— Je ne pleure plus, parce que Jésus ne le veut pas. Je veux tout souffrir pour le salut des âmes et par amour pour Jésus et la Maman du ciel.

En effet, j’ai toujours le sourire, même si dans mon for intérieur je pleure, parce que dans mon cœur seule la souffrance règne. La publication de ma vie est comme une épine qui ne cessera jamais de me blesser... [42]


NOTES

[1] Lettre du 1er janvier 1941 au Père Mariano Pinho.

[2] Extase du 17 janvier 1941.

[3] Extase du 24 janvier 1941.

[4] C'est le premier samedi du mois.

[5] Lettre du 1 février 1941 au Père Mariano Pinho.

[6] Il s’agit d’un certain Machado de Balasar.

[7] Lettre du 21 mars 1941 au Père Mariano Pinho.

[8] Lettre du 28 mars 1941 au Père Mariano Pinho.

[9] Lettre du 5 avril 1941 au Père Mariano Pinho.

[10] Lettre du 6 avril 1941 au Père Mariano Pinho.

[11] Lettre du 25 avril 1941 au Père Mariano Pinho.

[12] Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus.

[13] Sainte Gemma Galgani, dont le portrait est encore dans sa chambre, ainsi que celui de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, sa sœur spirituelle.

[14] Lettre du 2 mai 1941 au Père Mariano Pinho.

[15] L’amour de Jésus ne se manifeste pas aux âmes-victimes en les soulageant des leurs souffrances, mais leur offrant plusieurs occasions de souffrir encore davantage, en développant progressivement leur mission corédemptrice.

[16] Lettre du 3 juillet 1941 au Père Mariano Pinho.

[17] Extase du 26 juin 1941.

[18] Saint Jean de la Croix: “La Nuit Obscure de l’Esprit”; Chap. 16,6.

[19] Lettre du 14 juillet 1941 au Père Mariano Pinho.

[20] Médecin de Porto, spécialiste en maladies nerveuses.

[21] Le docteur João Alves Ferreira, de Macieira de Rates.

[22] L’un des plus grands neurologues du Portugal.

[23] Journal.

[24] Monsieur Antonio Sampaio de Trofa.

[25] Sauf pendant les extases de la Passion, où elle n’avait pas besoin d’aide pour accomplir tous les gestes et déplacements.

[26] Journal.

[27] Ici se termine l’autobiographie dictée par Alexandrina à Sãozinha, la maîtresse d’école.

[28] Lettre du 17 juillet 1941 au Père Mariano Pinho.

[29] Lettre du 23 juillet 1941 au Père Mariano Pinho.

[30] Pour m’en assurer — écrit le Père Mariano Pinho — j’ai écrit à une Religieuse de Lisbonne, supérieure, ma dirigée, en qui j’avais la plus grande confiance, et je lui ai demandé de s’informer discrètement auprès de son Éminence, pour savoir si celui-ci était préoccupé au sujet de l’un de des prêtres de son diocèse... C’est ce qu’elle a fait et, elle reçut une réponse affirmative, et qu’il s’agissait du Père X..., indiqué par Alexandrina.”

Umberto Pasquale: “Alexandrina” — Éditions Salésiennes; Porto.

[31] Lettre du 9 août 1941 au Père Mariano Pinho.

[32] Pendant la Passion.

[33] Toujours durant la Passion.

[34] Lettre du 18 août 1941 au Père Mariano Pinho.

[35] Nous étions en 1941; c’était la guerre dans le monde.

[36] Lettre du 10 octobre 1941 au Père Mariano Pinho.

[37] Lettre du 24 octobre 1941 au Père Mariano Pinho.

[38] Lettre du 5 décembre 1941 au Père Mariano Pinho.

[39] Pour assister à la “Passion” d’Alexandrina.

[40] C’est pourquoi il (le Père Terças) ne pouvait pas attendre la réponse du Père Mariano Pinho, directeur d’Alexandrina.

[41] Cette publication eût pour résultat de mettre le Père Mariano Pinho dans une situation peu confortable vis à vis de ses collègues jésuites, lesquels sont allés jusqu’à publier dans leur revue “Brotéria” un article assez virulent contre le “cas de Balasar” et, ceci sans  la moindre enquête.

[42] Lettre du 19 décembre 1941 au Père Mariano Pinho.

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