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JOURNAL SPIRITUEL

1944

Transformations mystiques
1

« Ou vous aimer ou mourir ! »

A l’aide de la lampe électrique, je contemple l’image du Sacré-Cœur, que j’ai dans ma chambre, ainsi que celle de ma chère Petite-Maman. Je demande leurs bénédictions, ainsi que de l’amour pour moi et pour tous ceux qui me sont chers, ainsi que pour le monde entier. J’ai moins de courage; je n’ai pas d’amour ; et aimer qui ? Mes misères m’oppriment.

Quelle honte ! Quelle confusion ! Le poids des humiliations tombe sur moi. Ma lutte ressent les censures, les rumeurs de tempêtes lointaines. Je chemine péniblement, terrorisée. Des épines sans nombre; une pluie d’épines tombe sur moi. Mon âme, mon cœur et mon corps tout entier s’en trouvent déchirés et trempés dans le sang. Je regardant derrière moi, je n’ai pas vu le passé ; tous les chemins parcourus ont disparu. Mon Dieu, quelle destruction ! Devant moi, une gigantesque montagne. C’est impossible, je ne peux pas l’escalader, mais je ne peux pas non plus reculer d’un pas.

Tout d’un coup, je me suis retrouvée à genoux, les mains jointes, regardant vers le haut, j’ai invoqué le nom de Jésus et celui de la Petite-Maman. J’ai crié, crié, à l’intérieur de mon âme. Mon cri ne montait pas ; il restait accroché aux rochers de la montagne ; il s’imbibait dans mon sang et dans mes chairs déchirées pour mourir avec moi. L’agonie de mon âme augmentait ; je ne pouvais plus crier ; je ne voyais pas venir le moindre soutien.

Dans cette angoisse, les battements de mon cœur étaient si forts, que je croyais perdre la vie. Oh ! combien il est doux, mon Jésus, de mourir pour vous ! Ou vous aimer ou mourir ! Souffrir pour vous procurer des âmes ![1]

« J’ai senti mon âme se détacher... »

J’ai senti mon âme se détacher de la terre et s’élever vers les hauteurs ; à maintenir le corps contraint ici-bas, il resta comme un courent électrique qui le reliait à l’âme. Un tel détachement a été assez pénible pour mon corps. Mes yeux fixaient Jésus crucifié comme soulagement de mes douleurs. En attendant, mon âme se sentait dans le sein de la Petite-Maman qui, avec moi, soutenait son divin Fils mort.

Ce qui a donné lumière à mon intelligence, me faisant comprendre que tout ce que Jésus m’avait promis ne se réaliserait pas de la manière que je croyais être plus naturelle, autrement dit en allant au Ciel pour toujours, mais que je serais allée au Ciel pour revenir.[2]

Cette lumière n’a pas été une impression momentanée. Elle m’a fait comprendre qu’une nouvelle transformation s'opérait en moi, me faisant convaincre que, certainement, je ne mourrais pas, et que Jésus avait fait allusion, évidemment, à ce nouvel état de mon âme.

Je n’ai plus jamais pensé à une mort physique.[3]

« Je suis morte pour le monde... »

Une nouvelle transformation s’est opérée dans mon âme. Ce léger souffle de vie est mort complètement; je ne sens plus cette respiration qui de temps à autre je sentais. La douleur vit en moi: elle est de toutes sortes et genres. Je suis morte pour le monde. Tout est descendu dans la tombe afin d’y rester pour toujours. Quelle horreur, mon Dieu ! Je ne vis plus ; c’est ma douleur bien-aimée qui vit, ce n’est que mon inexplicable martyr qui vit. Est-ce que ceci, sans ma vie, donnera vie aux âmes ? Est-ce que je pourrai encore être utile à l’humanité ? Est-ce que je pourrai encore vous aimer, mon Jésus, et consoler votre très saint Cœur ?

Pauvre de moi ! Après la haine et l’abandon, après l’oubli et le mépris, je descends dans la tombe.

Je vis déjà dans l’éternité sans avoir récupéré mon Père spirituel et sans jamais plus avoir la sainte Messe...

Mon éternité est sans lumière, c’est une éternité qui ne vous aime pas, qui ne vous loue pas, qui ne vous voit pas, qui ne jouit pas de vous. Terrible éternité ! Ne pas voir Jésus est une éternité morte.[4] C’est ce que mon âme vit dans cette éternité, c’est ce que je ressens. Quel que soit l’état de mon âme, hâtez-vous, Jésus, d’accomplir vos saintes promesses... Jésus, donnez vie aux âmes avec ma mort, avec mon éternité. Donnez-leur votre éternité, donnez-leur le ciel, mon Jésus ! [5]

« Mon âme a été réconfortée... »

Dans l'après-midi j’ai récité les prières du mois de mai à ma chère Petite-Maman. Mon âme, pendant cette dévotion, se voyait libérée d'un poids qui l’écrasait et retrouvait la paix et la suavité.

À la fin j’ai cru entendre une voix très douce qui m'appelait :

Ma fille, ma fille.

Mon âme se sentait plus soulevée.

Quelques instants plus tard, la même voix, de nouveau m'a appelée avec tendresse et douceur :

Ma fille, ma fille, viens sur mon cœur. Je t'invite à te reposer entre mes bras très saints. Abandonne-toi sur mon cœur de mère. Tu es la préférée de Marie. Oh ! combien tu es aimée par nos deux Cœurs !

Je me suis sentie entre les bras de la Maman, enlacée, caressée et couverte de tendresse.

Il n'est pas possible de comparer la douceur et la tendresse d'une mère de la terre avec celle de la Maman du Ciel !...

Mon âme a été réconfortée : mon cœur en resta heureux pendant un peu près une heure. [6]

Une douloureuse ingratitude

J’étais dans une grande affliction et, après la Communion, je me suis confiée à Jésus, sans en attendre une réponse. Bon comme toujours, Il a daigné me soulager :

Ma fille, dis à ta sœur que je suis en train de voir jusqu’où va sa confiance en Moi. Près de ton calvaire, elle tient le rôle que tenait ma très sainte Mère auprès du mien. Dis-lui que je confie beaucoup en elle : s’il n’en était pas ainsi, je ne l’aurais pas attachée aussi étroitement à ton martyre.

Et se référant à celle qui nous faisait tant souffrir, Il dit :

Allons, allons, courage ! Satan est enragé : il étend sur vous ses artifices infernaux, mais il ne vaincra pas ! Ayez confiance !

Elle est une insensée. Elle a été, envers vous, de la plus grande ingratitude;[7] mais, pardonnez-lui de tout votre cœur, comme je lui pardonne Moi-même. Si tu savais combien je souffre ! On me reçoit froidement dans la Communion, par habitude. Combien en souffre mon Cœur ![8]

« Je continue de lui rappeler sa promesse... »

Jésus, à plusieurs reprises, m’avait confirmé tout ce qu’il m’avait dit et promis au début de ma crucifixion : comme prix de mon acceptation à me laisser crucifier, les portes de l’enfer seraient fermées depuis midi de vendredi à minuit de dimanche. Quand il a plu à Jésus de ne plus me crucifier,[9] ou mieux, de changer la manière de me crucifier, je continue de lui rappeler sa promesse, parce que j’estimais avoir le même droit.

Le 16 juin 1944 Jésus est venu et Il m’a dit :

Ma fille, viens te reposer et te réconforter dans les bras de ta Petite-Maman. Tu es tendrement cajolée par Jésus et Marie.

Pendant que je parlais, je sentais leurs caresses.

Tu es bercée par les anges. Je viens te dire, ma fille, les jours supplémentaires pendants lesquels, par ton mérite, l’enfer est clos : je t’accorde l’après-midi du jeudi en l’honneur de mon Eucharistie, pour l’amour que tu as envers Celle-ci, et pour l’amour qui m’a amené à y rester prisonnier ; je te concède le mercredi matin en l’honneur de saint Joseph que tu aimes tant; combien je désire, ma fille, le voir aimé ! Je veux que tu fasses connaître que celui qui aura pour lui une vraie et constante dévotion, ne m’offensera pas gravement au point de se perdre...

Je te concède ceci pour l’amour avec lequel tu te laisses crucifier.[10]

« J’ai soif, j’ai soif, ma fille... »

— Jésus souffle sur toi et t’embrase...

J’unis mon Cœur au tien. J’habite en toi et toi en moi. Reçois, reçois, ma petite fille, l’amour de ton Jésus. Reçois-le, enrichis-toi en, afin que tu le donnes aux âmes. J’ai soif, j’ai soif, ma fille, j’ai soif d’amour. Les âmes ne connaissent pas ma folie pour elles. Les pécheurs sont ingrats envers mon divin Cœur. Tu vois, tu vois, ma belle colombe ? Je suis toujours près à les recevoir ; je leur offre, je leur donne mon Cœur et je veux les y accueillir ; je veux les posséder.

— Jésus, Jésus, je ressens vos ardents désirs. Je vois votre divin Cœur ouvert. Ce fut l’amour, Jésus, ce fut l’amour qui vous a déchiré la poitrine. Ce fut encore l’amour qui vous a laissé être blessé de la sorte. Quelle blessure, quelle plaie si profonde !... Je vois que de celui-ci sortent des rayons brillants, enchanteurs, des rayons dorés. Embrasez-moi, Jésus, embrasez-moi dans ce feu divin ; faites que je puisse embraser tous les cœurs, tous vos enfants...

Vous avez soif, vous avez soif, mon Jésus, vous avez soif de posséder les âmes. Regardez, mon Amour, voyez ma soif ; c’est une soif qui me conserve. Vous voyez pourtant que mon seul et ardent désir est de les livrer toutes à votre Amour, à votre divin Cœur. Vous connaissez mes tourments. Regardez la torture dont souffre mon pauvre cœur. Vous savez bien, que souvent, j’aimerais vous dire : “Jésus, je n’en peux plus; je ne peux plus résister !” Mais je ne le veux pas, mon Amour, je ne veux pas vous parler ainsi. Accordez-moi votre grâce, accordez-moi votre force, donnez-moi encore et encore des souffrances, ô mon Jésus, ô mon Amour ! Hâtez-vous, mon Jésus ! Si je peux souffrir davantage, envoyez-moi encore des souffrances ; donnez-moi les vite, mais donnez-moi aussi les âmes.

O beauté, ô beauté, ô enchantement de mes yeux divins ! Tu ne peux pas souffrir davantage, mais garde ton courage : Je suis avec toi, je veuille, je suis vainqueur, je triomphe. Ne vacille pas, ne tombes pas au point de m’offenser, mon divin Cœur n’a pas le courage de t’abandonner. Tu es ma victime la plus aimée. Tu as la mission la plus riche, la plus belle pour moi. Je te fais souffrir autant afin que tu me sauves beaucoup d’âmes.

— O Jésus, si je vous aime, comme tant de fois vous me l’affirmez, si je vous aime vous et la Petite-Maman et je suis aimée d’Elle comme vous me le dites, et je le crois et j’ai confiance, que puis-je désirer d’autre, sinon vous aimer et vous sauver des pécheurs ? Crucifiez-moi, ô mon Jésus, ne m’épargnez pas, mon Amour, mes éloignez-les des peines de l’enfer! Ne manquez pas, mon Jésus, ne manquez pas à ce que vous m’avez promis. Gardez, Jésus, gardez, je vous en prie, les portes de l’enfer bien fermées. Placez-moi, mon Amour, placez-moi, devant elles. Emmenez-moi devant elles, comme je vous l’ai déjà dit, mon Amour, placez-moi là, devant leur seuil, comme une barrière ; jusqu’à ce que le monde soit monde, et qu’il y ait des pécheurs à sauver. Ou bien, mon Amour, laissez-moi dans le monde, tant qu’il existera ; appelez à vous tous les miens, tous ceux qui me sont chers ; laissez-moi seule ; vous me suffisez, mon Jésus...

Combien elle est belle, combien belle est ta prière ! Quelle joie, quelle consolation pour moi ! O combien de bénéfice pour les âmes ! Combien de grâces tu obtiens pour les ingrats de mon divin Cœur ! O monde, pourquoi ne connais-tu pas ma victime bien aimée ! Vite, vite, que la lumière soit faite ; que brille la lumière que Jésus désire. C’est à l’aide de cette lumière, ma fille bien-aimée, de cette lumière qui brille en toi, que les pécheurs vont voir le chemin, la vérité et la vie.

— O Jésus, Amour de mon cœur ! La Vérité c’est vous ; le vrai Chemin c’est vous; l’unique Vie, c’est vous. Faites, ô Jésus, que tous vous suivent, que tous vous aiment! Je ne veux que ce que vous voulez, je vous le demande de tout mon cœur, de toute mon âme. Donnez-moi le courage ; donnez-moi la force ; donnez-moi la grâce ; donnez-moi tout ce qui est à vous. Sans vous je ne peux rien ; sans vous je ne peux résister à tant de souffrance.

Courage, ma petite fille, ne te décourage pas ! Tu le sais bien, tu demeures dans mon divin Cœur, à la place la plus élevée. Dans ma divine demeure, tu ne coures aucun risque. Repose-toi, repose-toi en moi ; repose, repose-toi pour toujours. Reçois, reçois la vie dont tu as besoin pour vivre. Vis uniquement de ma vie divine.

— Merci, merci, mon Jésus.[11]

« Jésus, mon seul aliment... »

À la tombée du jour, alors que la lumière du soleil s’enfonçait dans l’obscurité de la nuit; pour moi il n’y avait plus ni soleil ni jour, mais seulement nuit. Le découragement, l’abattement, la constante lutte m’étaient presque insupportables...

Jésus, Petite-Maman, aidez-moi, ne me laissez pas tomber !

O mon Dieu, il me semble que le Ciel n’existe pas !... La lutte est continuelle et le doute me tourmente. Mon cri vers les saints semble ne servir à rien.

Jésus, j’ai confiance ! Petite-Maman, j’ai confiance !

Mais le temps passe et aucun secours ne me vient. Je sens l’abandon de la terre et du Ciel. Pauvre de moi ! Je ne veux pas me tromper ni tromper personne.

Une nouvelle preuve d’amour de la part de Jésus est venue me soulager dans l’abîme de ténèbres et de mort. De ses divins bras il m’a inclinée sur son divin Côté et m’a donné à boire du sang de son Cœur. Merveille ! Bonté divine ! Je sentais le Sang du Cœur de Jésus pénétrer abondamment en moi, pendant que Jésus, tout doucement me disait :

Courage, ma fille ! Mon Sang et ma Chair son ton aliment et ta vie.

Jésus m’a rassasiée, m’a fait revivre : le jour s’est levé, le soleil me réchauffa de ses rayons. Maintenant le monde ne pouvait rien contre moi. Combien il est bon, Jésus ![12]

« Transformez-moi... entrez chez moi ! »

Je ne sais pas si c’est à cause de ma grande souffrance, je suis restée très accablée, presque oublieuse d’avoir reçu Jésus Eucharistique. Oh ! l’état de mon âme !

À l’improviste j’ai vu Jésus devant moi, cloué sur la Croix, mais aussitôt tout a disparu. Si je me sentais comme morte, morte je suis restée : il me semblait que pour moi la vie n’existait pas.

Quelques instants après, mon Bien-Aimé est venu, mais maintenant il était merveilleux : son visage était si beau, tout resplendissant, rempli de lumière. Il s’est approché de moi, m’affirmant, en même temps, qu’il me confiait son divin Cœur, avec une grande plaie d’où il sortait une énorme flamme brillante qui serait capable d’enflammer et de brûler le monde entier.

Ma fille, cache en toi mon divin Cœur afin que les pécheurs ne puissent m’offenser.

Je ne sais pas comment le Cœur de Jésus m’a pénétrée.[13] J’ai été plongée en Lui et Lui en moi. Combien grand est l’amour de Jésus !

Quelle transformation de mon âme ! Déjà j’avais vie, courage et force. Souffrance, combien tu es douce si supportée pour Jésus !

Mais, ô combien il est coûteux de vouloir consoler et de ne pas pouvoir le faire, garder son divin Cœur et ne savoir comment s’y prendre ! Pauvre Jésus, à qui avez-vous confié la garde de votre Cœur ! Où pourrai-je le cacher afin qu’il ne soit pas blessé ? Je ne suis que misère. Transformez-moi, purifiez-moi, et ensuite, entrez chez moi.[14]

Le souvenir de Foz do Douro

O Jésus, est-il possible que la morte puisse parler, que le cœur d’un cadavre puisse avoir la nostalgie du Ciel, ainsi que le désir de voler vers vous, désireux de se cacher pour se plonger dans l’immensité de votre divin Amour ! Jésus, Jésus, c’est ma douleur qui vous parle... c’est une douleur qui rassemble en elle toutes les douleurs.

Jésus, je sens que mon corps n’est plus un cadavre où les vers de terre n’ont pas encore pénétré, un cadavre qui, quelques jours après avoir été descendu dans la tombe, pourrait être reconnu. Non, mon Jésus, je n’en possède même plus les cendres, tout a disparu.

O mon Dieu, quelle mort la mienne, quelle perte éternelle ! Écoutez, Jésus, ayez pitié de moi ! Tournez votre regard vers moi, lisez ma douleur: c’est pour vous, et pour les âmes... Soutenez le poids que m’a causé la mort, voyez que sans vous je ne résiste pas à tant de nostalgie du Ciel ; il m’est impossible de rester ici alors que je désire ardemment vous aimer... La nuit n’a plus d’étoiles ; il n’y a plus de jour; il n’y a plus de soleil. O douleur, ô douleur, toi seule vis en moi, il n’y a que toi qui restes, mais tu n’aimes pas Jésus, tu ne vis pas pour Jésus ![15] Écoutez, Seigneur, mon cri ! Que ma clameur arrive jusqu’à vous ! Qu’en sera-t-il de moi, mon Dieu, qu’en sera-t-il de moi sans Vous ? O lutte, ô terrible lutte !...

Faites que je vous aime et vous fasse aimer ; j’ai faim de vous donner le monde entier.

O mon Jésus, en ce qui concerne la nostalgie des aliments, ce n’est pas moi, c’est mon corps qui a faim et soif, parce que moi, je n’existe plus !... Mais, c’est un cœur, c’est une âme qui, comme s’ils étaient à moi, ont faim et soif.

(...)
Jésus, cela fait un an que mon martyre à Foz a été terminé. Pendant ces derniers quarante jours j’ai remémoré tout ce que j’y ai souffert. Acceptez-vous, mon Jésus, ce martyr si douloureux ? Je ne suis pas retournée à Foz, mais je peux dire que j’ai presque souffert autant que lors de mon séjour dans cette maison. Vous avez fait en sorte que tout se renouvelle : j’ai tout revécu, mon Jésus. Acceptez ma souffrance et, pour amour pour les âmes, fermez l’enfer. Faites que je vous aime et vous fasse aimer. J'ai faim de vous donner le monde entier. Pauvre de moi, mon Jésus ! J'ai la nostalgie des aliments, mais ce n’est pas moi qui la souffre ; ce n’est pas mon corps qui a faim et soif parce que je n’existe déjà plus; mais c’est un cœur, c’est une âme qui, comme s’ils étaient à moi, souffrent cette faim et cette soif.[16]

Vous avez entendu, mon Jésus, que cette dure souffrance m’a fait dire: “je donnerais tout, je donnerais le monde, je donnerais la vie, s’il était possible, pour un peu d’alimentation”. Quelle envie, quelle envie, mon Jésus, de tout posséder pour tout vous donner !

Je veux vous aimer, je veux vous donner des âmes !...

Tournez vers moi votre divin regard, car je veux fixer le mien sur le vôtre.[17]

« Je vous sens à côté de moi... »

Ne pensez pas, mon bon Père Umberto, que mon silence soit un oubli. Je ne vous oublierai ni sur la terre ni au ciel. La cause de celui-ci, ce sont les “cadeaux[18] de Jésus. Si vous saviez combien je souffre... Mais la souffrance importe peu; ce qu’il faut c’est consoler Jésus. Il me suffit que sa grâce et sa force ne me fassent pas défaut pour résister à tout... Je n’ai pas oublié vos intentions de prière ni celles des novices de votre sainte maison Salésienne... Par charité, pardonnez-moi mes manquements. Je vous remercie de tout mon cœur et de toute mon âme pour tout ce que vous avez fait pour moi. Que Jésus vous récompense, vous comble de ses bienfaits et de son amour, car Lui seul connaît et sais le réconfort que vous m’avez apporté.

Je vous sens à côté de moi, et cela me procure du courage pour soutenir ma souffrance. Que Dieu soit béni. Je ne suis pas encore haïe de tout le monde...[19]

Sans la Communion ?...

Nuit ténébreuse, atrocités de la mort ! Le cri de la douleur continue : écoutez-le, Jésus, c’est lui qui pleure, c’est lui qui invoque votre secours !... Je n’aperçois aucune lumière... Mon cœur sent qu’il a été comme lacéré, traversé par une lance bien effilée, avoir reçu une nouvelle et grave blessure, il sent qu’il ne peut plus être blessé...

Je suis dans un état de grande inquiétude; je ne sais pas ce que cela présage.[20]

Quelle horreur ! La tempête se déchaîne, j’entends le sifflement des vents, je vois les éclairs annonceurs du tonnerre effrayant, je sens des menaces de destruction.

Tous sont partis terrorisés et moi, seule, au milieu de la mer, sans gouvernail, sans bateau, sans lumière, je suis menacée de plonger pour toujours dans cet abîme. Quelle horreur ! Quelle peur !... Mon Dieu, qu’est-ce qui m’attend encore ? Je m’abandonne entre vos bras très saints...[21]

« Me voici, prête à être immolée !... »

— Écoutez, mon Jésus, ma souffrance presque moribonde. Un coup très dur lui a été porté. O souffrance qui tue la douleur ! O souffrance qui ne peut être comprise que de vous ! Le regard fixé sur vous, ô Jésus, les calomnies, les humiliations, les mépris, les haines, les oublis ont toute la douceur de votre Amour ! Qu’il m’arrive, ô Jésus, qu’il m’arrive tout ce qui vous fait plaisir ! Que mon nom meure, comme je sens qu’il arrivera à mon corps et à mon âme, afin que triomphe votre divin Amour dans les cœurs et votre Grâce dans les âmes. Me voici, mon Bien-Aimé, prête à être immolée. Mais comment résister à tout cela ? Regardez ce cœur qui éclate et se décompose dans la douleur : il ne peut pas supporter autant de tourments si vous ne lui venez pas en aide. Venez, mon Jésus, aidez-le, aidez-le ! Ils veulent me priver de tout: ils menacent même de me priver de la Communion, interdisant le curé de venir chez moi, sauf en cas de danger de mort, si je n’obéis pas.[22]

J’obéis, j’obéis, ô mon Jésus, avec votre divine Grâce !

O sainte obéissance, je t’aime pour Jésus et pour les âmes !

On m’a mise sur la place publique sans mon consentement : je n’en savais rien. Et maintenant on voulait, au prix de ma souffrance, recueillir les plumes que le vent furieux a dispersées ! Comment le pourront-ils ? Ah mon Jésus, jamais plus, jamais plus ! Si seulement je pouvais vivre cachée, vous aimer comme je le désire tant, être toute à vous, sans limites, mais, sans avoir une vie[23] pareille. Combien sont devenus saints sans avoir ce genre de vie ! Et moi, je ne suis que misère ! Quelle nostalgie de mes années passées ! Combien de colloques j’ai eu avec vous sans que personne ne le sache ! Je donnerais des vies, je donnerais des mondes pour vivre cachée. Pardonnez, mon Jésus, je n’ai pas à vouloir ; je n’ai pas à avoir de volonté propre.

Mon Dieu, si je savais au moins que par ma souffrance votre consolation était satisfaite ! Si seulement je pouvais vivre cachée dans cette chambre, où Vous seul et ces murs avez été les témoins de mes souffrances ! Si les miens et tous ceux qui me sont chers pouvait oublier que je vis ici et que je vis avec eux, ô, alors je ne souffrirais pas ![24] Je vois toutefois que celui qui souffre c’est votre divin Cœur ; ceux qui me sont chers souffrent avec moi et ne peuvent pas m’oublier : ce qui me peine énormément. Combien de fois je ne peux même pas contenir mes larmes, aveuglée par la douleur ! Puis cette pensée me vient : il vaut mieux ne pas pleurer, Jésus est davantage content. Je pose mes yeux sur la croix où Il est crucifié ; je reste un moment à le contempler ; alors les larmes, qui semblaient ne plus tarir, cessent: je ressens une nouvelle vie.

Mon Dieu, quelle terrible lutte ! Pauvre de moi sans Vous, Jésus et Petite-Maman ! Secourez-moi, je suis votre victime...

Jésus, ne permettez pas que je cède, ne consentez pas que mes lèvres s’arrêtent de répéter : “Jésus, je vous aime ! Je suis votre victime !

Que les hommes jugent comme ils veulent; peu importe. Donnez-moi votre certitude de me vaincre moi-même, de vous aimer et de vous donner des âmes.

Jésus, je ne vois ni mon passé ni mon présent, je ne vois que mon avenir: je vois mon sang couler parmi les épines; dans une nuit terrible et obscure ma souffrance avance et continue de vivre...[25]

« Mon Dieu, quelle vie si mal comprise !... »

Jésus, je regarde d’un côté et de l’autre et je ne vois personne ; je crains et je tremble ; quelle frayeur !...

Jésus, ne me laissez pas sans vous recevoir: que je perde tout, absolument tout, mais que je puisse avoir la Communion ; tout perdre, mais vous posséder vous !...

Mon Dieu, quelle vie si mal comprise ! Si ce n’était par l’amour de vous et des âmes, je ne me serais pas soumise aux âpretés des hommes, je n’aurais pas à leur obéir.

Ces pensées défilaient rapides comme des éclairs. Je me suis sentie ensuite obligée toutes les joies avec l’amour de Jésus : Lui, Il est digne de tout. Les âmes, les âmes ! Cette pensée a vibré en moi, allumant des désirs plus fermes de marché parmi les épines...; il m’a mieux fait comprendre qui est Jésus et ce qu’est le monde...

Je sens la nostalgie de ma “Passion” du vendredi, mais j’ai peur des extases. Je crains le vendredi et le premier samedi, je crains n’importe quel jour ou n’importe quelle heure, mon Jésus, où vous daignez me parler. Serait-ce une imperfection ? Ayez compassion de moi, Jésus !...

Quelques heures après : la nuit était déjà bien avancée ; à la maison tout n’était que silence, seuls, ma douleur et ma lutte continuaient.

À l’improviste, Jésus m’est apparu :

Donne-moi la main, ma fille, ne t’ai-je pas promis de soulager ton accablement ? Allez, va dans les bras de la Petite-Maman, vas-y recevoir du réconfort.

Aussitôt je me suis retrouvée dans les bras de la Maman du Ciel et, comme une enfant, j’ai enroulé mes bras autour de son cou. Elle m’a enlacée doucement et m’a caressée, me couvrant de baisers. Je pleurais ; Elle m’essuyait les larmes à l’aide de son très saint Manteau et me disait :

Ne pleure pas. Console avec moi le mien et ton Jésus. Il est si offensé ! Allons, allons, prend courage !

Et Jésus :

Ta douleur, ma fille, ton martyr arrache des artifices de Satan les âmes que lui, avec tant de rage m’avait prises. Courage... La tempête passe. Reçois Grâce, Amour et la Lumière de l’Esprit-Saint.

J’ai vu l’Esprit-Saint sous la forme d’une colombe qui laissait tomber d’en-Haut sur moi des rayons dorés et un déluge de lumière... J’en ai été fortifiée. Peu après, dans une douce paix, je me suis endormie.[26]

« J’ai senti comme un assaut... »

Vers 14 heures, appuyée sur mes coussins et étendue sur ma croix dans un profond anéantissement, j’invoquais Jésus, seulement Jésus.

Quelques notes mélodieuses m’ont attirée. Tout d’abord j’ai pensé qu’il s’agissait de sons de la terre et je me suis mise à l’écoute pour découvrir d’où ils venaient. Ils m’arrivaient d’en-Haut. Je l’ai très bien compris et alors mon cœur a frémi avec tant de force qu’il n’en pouvait plus résister... Toute la tempête s’est estompée... Je me suis sentie toute remplie d’une grande douceur et suavité. L'harmonie était composée de beaucoup de sons, comme si émis par un très grand nombre d’instruments... Je les ai tous écoutés, mais l’un de ceux-ci parmi tant d’autres m’attirait plus particulièrement... Je ne sais combien de temps ce ravissement a duré... Peut-être bien une demie heure.[27]

« J’ai ressenti comme un assaut... »

Après le soulagement qui m’a été accordé le 12, je suis retournée à mon état de tristesse. Le jour de l’Assomption de la Maman du Ciel est arrivé, et rien que de penser à la solennité... et à la jubilation du Ciel, il me semblait ne plus pouvoir résister davantage aux tourments de la terre.

Quelques minutes après la Communion, j’ai ressenti comme un assaut au-dedans de moi. Il me semblait que c’était Jésus qui, comme un voleur, était entré et sorti de moi en un instant emportant avec lui le peu de vie qui était la vie de ma douleur.[28] Je me suis sentie morte, mais j’ai continué de souffrir davantage du fait de me sentir privée du peu de vie qui était la vie de ma douleur. Je sentais que tout me manquait et j’étais scindée en deux morceaux: mon cadavre resté ici-bas et, là-haut, au Ciel, le butin qui était une partie de moi-même. Cette partie était plongée dans la joie absolue, sauf la vision de Dieu, mais ne donnait pas à la partie restée sur la terre aucun soulagement; bien au contraire, la laissait prosternée dans un abîme de souffrance sans fin. J’ai passé toute la journée dans une attente douloureuse de posséder cette autre partie de moi-même qui m’appartenait et sans laquelle je n’étais qu’un cadavre.[29] Ce fut pour moi une journée interminable: je l’ai passée dans une continuelle plainte envers Jésus et la Maman du Ciel, alors que je me demandais :

O mon Dieu, comment puis-je vivre sans vie ?

Vers le soir, j’ai de nouveau entendu l’harmonie du 12 de ce mois, et ceci a été pour moi comme un baume pour ma souffrance ; sans cela, je crois que je n’aurais pas résisté bien longtemps.

La nuit, je ne saurais dire à quelle heure, le butin m’a été restitué ; je m’en suis rendu compte parce que je me suis sentie revivre.[30]

« Jésus m’a envoyé un prêtre... »

Je ne sais pas pourquoi je suis effrayée et pourquoi j’ai peur... Je me sens seule, complètement seule... La tempête continue... Vous seul, mon Dieu, pouvez m’aider; mais, pauvre de moi, il me semble que même vous m’avez abandonnée. Le cri de détresse n’arrive pas aux oreilles de personne. Que m’arrivera-t-il de plus, mon Dieu ? Je jette mon regard par la fenêtre de ma chambre : je n’y vois que des nuages ; je pose sur celles-ci mon regard admirant la grandeur du Créateur. Si les nuages s’évanouissent et que l’azur du Ciel apparaît, je ne puis résister à tant de nostalgie ! Je voudrais m’envoler vers lui, mais combien est grande la distance qui me sépare du firmament ! Je pleure, je pleure bien des larmes...

Les jours où je dois rester sans Communion approchent.[31]

Mon Dieu, comment ferai-je pour me priver de vous. Jésus, ma Petite-Maman chérie, venez à mon secours. Je ne puis vivre sans Jésus !

La Maman du Ciel a eu pitié de ma douleur. Jésus a veillé sur moi : il ne m’a pas laissé un seul jour sans le recevoir; il m’a envoyé le Père Umberto, salésien qui, pour quelques jours, s’est efforcé d’illuminer et de tranquilliser mon âme. J’ai senti qu’il me comprenait: il m’insufflait du courage malgré ma grande souffrance.[32] Après qu’il m’ait écoutée en confession, j’ai ressenti dans mon âme joie et suavité et, forcée par je ne sais quoi, j’ai chanté des cantiques à Jésus et à la Maman du Ciel.

Ensuite je suis retournée dans mon habituel état d’affliction, de douleur et de martyre...[33]

« Jésus et Maman du Ciel écoutez-moi ! »

Après avoir reçu Jésus [Eucharistique], la souffrance de mon âme est devenue plus suave: mon Bien-Aimé m’accorda en cette occasion une plus grande intensité d’union, que j’avais déjà ressentie hier, dans le regard des personnes que j’aime et qui en ces derniers jours me haïssent...[34]

Mais je suis rapidement retournée dans les douloureuses souffrances du corps et de l’âme.

O mon Dieu, la tempête ne s’apaise point. Ayez pitié de moi : regardez comme je suis blessée ! On essaie de m’enlever de vos divins bras. Attachez-moi, attachez-moi à Vous, mon Jésus ! Ne permettez pas que l’on me sépare de Vous. Que je perde tout ce qui appartient à la terre, mais que je Vous possède !

Je me sens abandonnée, seule, seule et sans personne à qui recourir: Jésus, Petite-Maman, écoutez mon cri de détresse ! Je veux aimer Vos Cœurs très saints, mais je ne sais pas ce que c’est que l’amour ; je ne le connais pas; il me semble que l’amour n’existe pas sur la terre. Ayez pitié de mon affliction. Donnez-moi l’amour que je désire, que j’espère de Vous. Laissez que je me perde en Vous; que je me brûle dans vos divines ardeurs...[35]

« Mon Jésus, mon cher Amour !... »

Je sens que mon cri reste suffoqué sous le monceau de cendres de mon pauvre corps, qui n’est plus un cadavre, comme je le ressentais un instant avant, mais cendre, seulement cendre. Mon Jésus !... Mon cœur n’est plus dans ma poitrine, tellement grande est son envie de vous aimer et de monter vers vous. Je ne dis pas bien, mon Jésus, ce cœur n’est pas le mien, et je ne sais même pas à qui il appartient. Où est-il le mien, mon Jésus ? À qui appartient celui-ci ? Tout est mort. Jésus, ayez pitié de moi. Ma volonté c’est la vôtre, vous le savez bien ; oui, vous le savez bien, mon Amour. Regardez, je ne suis que misère, je ne suis que néant ; je ne peux rien sans vous. Ne m’abandonnez pas, mon Jésus. J’espère en vous ; j’ai confiance en vous. La lutte est terrible ! Écouter votre voix qui m’encourage et me confirme que tout cela est pour votre gloire, que c’est pour vous consoler, ne me suffit plus. J’en veux davantage, mon Jésus, j’ai besoin de plus, de bien davantage...

(...)
Le démon m’est apparu en diverses occasions, de jour comme de nuit; tantôt sous la forme d’un homme attaché par la ceinture, tantôt sous la forme d’un lion attaché par le cou. Il a essayé plusieurs fois de m’attaquer, mais n’est jamais parvenu à me toucher.

À côté de lui je me sens comme une enfant terrorisée, mais qui ne pondère pas le danger. Sous la forme d’un homme, il crache par terre et m’insulte, faisant semblant d’être écœuré de moi; d’autres fois il frappe des mains et ricane des sentiments malicieux dont il me juge capable et veut me convaincre que je suis fautive; d’autres fois encore, il prend des attitudes provocantes pour le mal.

Depuis que ces persécutions ont commencé, je sens, comme si mon corps était réduit en miettes, et mon intérieur, et mon cœur, sortaient violemment de moi.

Mon cri, mon unique cri contre mon ennemi c’est : “Mon Jésus, je suis votre victime !”

(...)
Après la Communion, je me sentais découragée, abattue, je ne savais rien dire à Jésus. Je m’efforçais de répéter très souvent :

Mon cher Jésus, mon Amour, je suis toute à Vous !

Je n’ai rien dit d’autre pendant quelques minutes.

Jésus est venu :

Cela me plaît beaucoup, ma fille, me console beaucoup, ma colombe bien-aimée, ton affirmation : “Mon Jésus, mon cher Amour, je vous aime, je suis toute à Vous”. Répète-la très souvent. Courage, ô mon aimée ! Ne crains pas les assauts du démon. Ce n’est que par ce sacrifice que tu peux réparer des crimes aussi graves. Donne-moi tout ce que je te demande pour ma gloire et pour le salut des âmes. C’est pour [t’aider à les supporter] que je t’ai donné un médecin très cher à mon divin Cœur.

Dis à mon cher Dom Umberto qu’il a été choisi par moi pour venir près de toi. Je n’interviens pas avec la fréquence qu’il aimerait pour l’étude [sur ton cas]. Mais, ayant reçu mes divines lumières, je veux qu’il aille vers ton Père spirituel,[36] tant aimé de mon Cœur, à qui j’envoie tout mon amour : ensemble ils soutiendront et défendront ma divine cause, aidés par ceux qui sont de mes amis et qui ont soin de tout ce qui me regarde. Va, ma petite fille, donne l’abondance de mon divin amour à tous ceux qui sont autour de toi et qui t’aident: ils Me sont tous bien chers.

Dis à mon cher Père Umberto que le parfum est un parfum divin,[37] c’est le parfum de tes vertus. Je dis cela parce qu’il en a besoin pour son étude.

(...)
Je me suis sentie obligée de m’agenouiller et de lever les bras au Ciel pour plus dignement louer le Seigneur. Je ressentais une envie irrésistible de me transformer en feu divin et de plonger dans celui-ci les cœurs et les âmes...[38]

« J’étais un ver, dans un vaste cimetière... »

Aujourd’hui j’ai senti le démon au-dedans et à côté de moi. J’ai éprouvé une insupportable envie d’aimer Jésus, de lui donner des âmes, de le consoler, de le faire connaître. Toute remplie d’amour je lui répétais :

Jésus, Jésus, amour, amour !

Dans cet état, je n’ai pu contenir les larmes au vu de ma misère, la fange dans laquelle je vis et qui me cause de l’horreur.[39]

Mes désirs d’aimer ne valaient rien, tout était perdu. Je me sentais comme dans un vaste cimetière, presque sans vie, comme si je ne bougeais déjà plus. À peine couverte de cendres, je ressemblais à l’un de ces vers qui dans les pinèdes font leur résidence sous des monticules de terre et de bois en décomposition. Malgré tout cela, mon offrande à Jésus comme victime, inséparable de la crainte de l’offenser, restent toujours présentes. Paradoxe terrible et presque permanent : je vis sans vivre ; je souffre sans souffrir ; j’aime sans aimer.[40]

« Je suis restée dans les ténèbres... »

Ce matin Jésus est venu, et descendant dans ce cimetière, il s’est joint aux vers et s’est recouvert des mêmes cendres. Il n’y avait que mort à l’intérieur de moi; une mort qui semblait se fondre dans le gémissement de toute l’humanité. Jésus n’a pas donné signe de vie au-dedans de moi : je suis restée dans les plus épaisses ténèbres et dans une souffrance amère ; les âmes et l’amour de Jésus m’obligent à tout endurer...[41]

« Acceptez mes larmes... »

Pendant deux jours j’ai mieux pu respirer: Jésus a daigné, pour quelque temps, soulager mes souffrances.

Aujourd’hui il m’a surchargée en plus du poids très aimant de sa croix. Je me sens aux portes de l’éternité. Deux violentes luttes avec le démon m’y ont propulsée. Mon Dieu, quelle terrible souffrance! J’ai lutté, j’ai imploré le secours de Jésus et de la Maman du Ciel, de saint Joseph... J’étais un monstre à l’intérieur d’un autre encore plus grand. Les yeux fixés sur le crucifix, j’ai répété des dizaines de fois :

Jésus, je suis votre victime. Acceptez mes larmes. Que chacune d’elles soient une mer d’amour dans laquelle je puisse cacher vos Tabernacles, afin qu’ils ne soient pas attaqués ni profanés par vos enfants.

J’ai souffert la première fois pour un prêtre qui se trouvait en grave danger, et la seconde fois pour tous les prêtres.

La rage du démon était terrible : il me semblait être entourée par une nuée ténébreuse qui m’empêchait de voir.

O mon Dieu, et les doutes d’avoir péché !… Je ne pouvais pas me souvenir que j’étais en présence de Dieu, que je l’avais en moi...

Il faisait déjà nuit quand Jésus est venu :

Ma fille, entre toi et le démon, il y a une grande distance: entre vous deux, je m’y trouve. Ce sont des astuces à lui, mais ce qu’il te montre est faux. Je l’ai Moi-même attaché et je ne permets pas qu’il s’approche de toi.[42] Courage, mon aimée. Tu es à moi, toute à moi !

Je me suis sentie revivre et je me suis tranquillisée pour quelque temps.[43]

« J’ai pleuré des larmes de soulagement... »

Hier, sans que je m’y attende, Jésus, attendri par ma souffrance, a fait venir ici le Père Umberto,[44] que je n’avais pas osé appeler. Ce ne fut qu’avec une certaine réserve que j’ai pu lui ouvrir mon âme: j’ai fait un énorme sacrifice pour parler;[45] je l’ai offert à Jésus pour ceux qui, par malice, cachent leurs fautes. J’ai pleuré des larmes de soulagement et de pudeur; mais aussitôt, une grande paix est entrée en moi, en même temps que de mon âme s’échappaient toutes les ténèbres, les doutes et tout ce qui causait ma souffrance... Je me sens aujourd’hui libérée des attaques du démon, mais je sens dans mon âme de terribles menaces: il est comme attaché et muet...[46]

« Ce sont des merveilles... »

Ce matin j’avais à peine fait ma préparation pour recevoir Jésus, quand monsieur le curé est arrivé. L’Attendu de mon âme placé sur la petite table et les cierges allumés, le cure m’a dit :

Voici que Jésus vient te rendre visite et te tenir en peu compagnie. Le Père Umberto viendra te le donner après.

À peine monsieur le curé était parti,[47] une force provenant je ne sais d’où m’a obligée de me lever. Je me suis mise à genoux devant Jésus et je me suis inclinée vers Lui. Mon visage et mon cœur n’avaient jamais été aussi près de Lui. Quelle félicité la mienne ! Je l’ai intensément prié pour moi, pour tous ceux qui me sont chers et pour le monde entier. Je me suis sentie brûler dans ces flammes divines.

En outre, Jésus m’a parlé :

Aime, aime, ma fille, n’aie pas d’autre préoccupation que celle de m’aimer et de me donner des âmes. Là où est Dieu rien ne manque : victoire, triomphe !

Je demandé aux anges de venir chanter des louanges avec moi. J’ai beaucoup chanté jusqu’à ce que le Père Umberto me donne l’ordre de me remettre au lit.[48] Enflammée par l’amour divin, j’ai fait ma Communion.

Quelques instants après Jésus m’a dit :

Ce sont des merveilles, ce sont des preuves que je donne. Dis, ma fille, à mon cher Dom Umberto que ce fut bien moi qui le permis. Plus rien n’est nécessaire de ma part. Maintenant il ne reste plus qu’à lutter, lutter, combattre le regard fixé sur Moi. La cause est mienne, elle est divine ! Pauvres hommes qui immolent de la sorte mes victimes ! Pauvres âmes qui blessent ainsi mon divin Cœur ! Je me console dans l’amour de cette colombe innocente, de cette victime tant aimée, maîtresse de mes trésors et de toute ma richesse. Que le monde entier vienne, qu’il vienne vite boire à cette source. C’est de l’eau qui lave et purifie, c’est un feu qui brûle et sanctifie.

Mon Jésus, je vous aime, je suis toute à vous, je suis votre victime...[49]

« Combien d’âmes reculent... »

Combien d’âmes reculent !

Beaucoup, dès le début, beaucoup d’autres à moitié chemin. Elles veulent tout recevoir de moi, mais rien me donner ! Elles veulent réparer, mais sans immolation ni sacrifice.

Si tous les maîtres et sages de la sainte Église comprenaient sérieusement, profondément, ma vie divine dans les âmes, je serais bien plus aimé ; je recevrais bien plus de réparation.[50]

« Attention, Portugal !... »

Écris tout, et donne-le à ceux qui prennent soin de toi et de ma divine cause. Cela suffit; ils résolvent tout.

Ma bien-aimée, dis au monde qu’il écoute la voix de Jésus résonner sur la plus haute montagne, au milieu de la plus terrible tempête.

Qu’il y ait changement de vie, que l’on prie, que l’on fasse pénitence.

Ou bien feu, sang et condamnation, ou réconciliation: feu de l’amour divin, paix et pardon.

Attention, Portugal ! C’est Jésus qui te met en garde par les lèvres de sa victime. Attention, monde entier ! Écoute la voix de Jésus ! Lève-toi, amende-toi, réconcilie-toi ! Écoute le Père qui t’appelle, te met en garde, qui veut te sauver.[51]

Une pluie de sang...

Je suis morte, morte au monde, morte à tout. L’infime souffle de vie qui, depuis déjà un certain temps agonisait, s’est éteint. Cette force qui traînait la vie le long d’un immense cimetière, a complètement disparu.

(...)
Depuis quelques jours déjà, une pluie de sang qui venait d’en-Haut, a commencé à tomber. Il pleut du sang, continuellement. Cette pluie a tout d’abord mouillé et imbibé les cendres; ensuite, elle les a lavées jusqu’à ce qu’elles disparaissent; il n’en reste plus rien. Et le sang continue de tomber d’en-Haut. Il tombe sur ce qui est propre; il n’y a plus rien à laver. O mon Dieu, comment puis-je parler d’une chose qui n’existe pas !

(...)
Je veux souffrir, je veux réparer pour tous ceux qui pèchent en ce moment. Des heures se sont ainsi passées et je rentrais en moi pour parler aux Personnes divines de mon âme. Combien de fois je sens en moi leur royale présence ! Je sens l’Esprit-Saint sur son trône, le trône de mon cœur, entre le Père et le Fils, et, eux, surtout, battent de leurs ailes blanches comme pour me réveiller et me dire qu’ils sont présents. Il m’éclaire de son amour, me gratifie des effusions de son divin feu... O si toutes les âmes connaissaient et sentaient en elles la présence du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! [52]

Visiteurs de toutes parts...

Jour après jour ma vie devient de plus en plus, à chaque moment, pénible et triste. L’ordre d’obéir m’oblige à vivre cachée, à ne recevoir plus personne, devenant ainsi, petit à petit, oubliée. O mon Dieu, s’il ne tenait qu’à ma volonté, c’est cela même que je voudrais, mais quel leurre ! Plus on me veut cachée, plus on me fait connaître. Des visiteurs arrivaient de toutes parts. La curiosité des médecins a été éveillée.

Oh âmes, âmes, si vous saviez les souffrances qu’il faut endurer pour vous sauver !

O mon Jésus, combien élevé est le prix pour la conquête de votre amour !

Ce matin, quand je me préparais pour la visite de mon Aimé, je me suis sentie triste et amère : mon Dieu, vous recevoir ainsi, si remplie de misère !

Ayez pitié de moi, Jésus ! O Petite-Maman, purifiez mon cœur, mon corps et mon âme ! Préparez-moi pour la visite de Jésus !

Il est venu et m’a rassérénée : je le sentais dans mon âme. Il adoucit ma douleur en m'unissant toute à Lui.

Quelques instants après on m’a apporté la nouvelle que mes écrits, que nous croyions perdus et que le démon m’affirmait avoir dans sa main, étaient arrivés à destination.[53] J’ai éprouvé une très grande joie et, étant donné que je venais de recevoir Jésus, j’ai profité pour le remercier plus intimement.

Peu après les visites ont commencé : Jésus m’a donné la force pour affronter d’aussi grands sacrifices.

Vers 14,30 heures cinq hommes sont entrés dans ma chambre ; j’ai eu aussitôt le pressentiment que l’un d’eux était médecin. Ils m’ont interrogée. Je ne sais pas pourquoi mon regard se fixait plus particulièrement sur l’un d’eux. J’ai su ensuite que celui-ci était médecin. Habitée par mon pressentiment, je répondais à toutes les questions et cherchais à m’expliquer de la meilleure manière que je pouvais sur ma maladie. Ce n’est pas pour autant que j’étais sereine. O Jésus, vous seul savez tout ce que cela m’a coûté ! Mon Dieu, quand tout cela sera-t-il fini ? Certainement seulement avec ma mort.

Je répondais aussi avec fermeté, car la vérité n’a qu’un seul chemin. Ensuite ils ont porté la conversation sur l’alimentation. Quel rude coup ! Si seulement tout le monde l’ignorait !

Alors, pourquoi ne mangez-vous pas ?

Je ne savais pas si je parlais à des personnes religieuses ou pas, toutefois, sans respect humain, j’ai répondu :

Je fais la Communion tous les jours.

Il s’en est suivi un long et profond silence : pas un geste, pas un sourire. Peu après ils ont pris congé avec respect et délicatesse.

Jésus, ma Petite-Maman, divin Esprit-Saint, donnez votre lumière à ces âmes : qu’elles soient à vous et suivent votre chemin.

Que mes humiliations et mes sacrifices soient salut pour tous. [54]

« J’étais sur la croix... »

Avant quinze heures, j’ai senti dans ma tête les épines si profondément, qu’il me semblait, parfois, que ma tête se couvrait tout entière de sang.

J’étais sur la croix ; j’étais sur le Calvaire, sans lumière, sans joie, sans vie.

Qui n’a pas de vie, comment peut-il sentir ?

O mon Dieu, combien grands sont vos mystères ! [55]

« Je me suis sentie un rien... »

Fête du Christ-Roi. Au petit matin, lors de la préparation à la Communion, je me suis engagée à consoler Jésus : j’ai demandé à la Maman du Ciel de lui offrir mes prières et tous mes actes pour sa plus grande gloire et afin qu’il règne sur le monde entier et dans tous les cœurs. Je me suis offerte à Jésus par Marie...

Beaucoup de personnes sont venues me rendre visite : des demandes étranges et désagréables m’ont fait beaucoup souffrir. Que tout cela soit par amour de Jésus et Marie ! Ce sont Eux qui me donnent la force pour sourire à tous et cacher ainsi ma souffrance.

Je me suis sentie un rien : un rien qui n’existe plus ; je me suis sentie morte et, avec moi, morte aussi toute l’humanité ; mais il s’agissait d’une mort qui n’avait jamais eu de vie.[56] Qu’en sera-t-il de moi, mon Dieu ? Quel tourment ! Dans cette mort émergeaient des anxiétés presque insupportables d’aimer Jésus : aimer sans sentir, aimer sans connaître l’amour.

Je joins cette note : de terribles menaces du démon m’ont tourmentée et m’ont remplie de peur et de terreur.

Mon Dieu, je ne veux que ce que vous voulez. Je suis prête à tout. Ne permettez pas que je vous offense.[57]

Luttes indescriptibles [58]

Le démon est menteur, mais cette fois-ci il ne l’a pas été. Hier, avec des paroles grossières, il m’ordonnait de me préparer pour la nuit. Il a été de parole. Je ne sais pas avec précision, mais probablement vers les 22 ou 23 heures, il est venu avec toute la fureur et la malice infernales. Je ne veux même pas y penser. Quelle horreur ! J’ai lutté pendant longtemps.

Ma peur était qu’il arrive à obtenir de moi que je dise :

Je ne veux pas Jésus ; je ne veux pas Marie ; je ne veux pas le Ciel. Je les hais ! Je leur tourne le dos ! Je veux le plaisir, je veux jouir.

Je ne peux pas le jurer, mais je crois que je ne l’ai pas dit.

Ce n’était que de temps à autre que je pouvais appeler Jésus et la Petite-Maman, m’offrant comme victime.

Dans les moments pendant lesquels il me semblait pécher sans autre possibilité, j’étreignais, comme je le pouvais mon crucifix et la Maman[59] du Ciel, leur disant :

— Aimer, oui ! Pécher, non !

L’affliction de mon cœur a été si grande que pendant longtemps j’ai cru mourir.

Je me rappelais ensuite des promesses de Jésus et cela me réconfortait.

Je veux le Ciel, mais je veux une mort d’amour. Je ne veux pas mourir entre les mains de Satan.

Je me voyais au bord d’un horrible précipice. Parmi les ténèbres de cet abîme on voyait de gros crochets, bien visibles. Très épouvantée parce qu’il me semblait que j’allais y tomber sans la moindre possibilité de m’en échapper, je me suis évanouie. Mon cœur battait très fort: ma mort semblait éminente. Ce n’était que mentalement que j’arrivais à dire :

O mon Jésus, si seulement je ne péchais pas, cette souffrance m’importerait peu !

Je suis ainsi restée dans cet accablement et cette triste agonie : le péché, le péché, quelle préoccupation !...

Mais Jésus est venu et m’a parlé :

Tu ne pèches pas, tu ne pèches pas, ma fille ! Aie confiance, aie courage ! J’exige de toi cette réparation. As-tu vu cet abîme ? Par ta souffrance tu évites à un grand nombre d’âmes d’y tomber. Pendues à ces crochets elles restent prisonnières pour toujours...

« Jésus, je veux vous aimer !... »

Toussaint. — Très tôt, au petit matin, pendant que je me préparais à recevoir mon Jésus, j’ai chargé les Saints d'aimer pour moi Jésus, la Petite-Maman et la Très Sainte-Trinité. Dans le doute d'avoir offensé mon Jésus[60] je Lui ai demandé pardon à plusieurs reprises pour tous mes péchés et j’ai prié la Vierge de Lui demander, Elle aussi, pardon pour moi : je voulais faire une communion très fervente et sainte.

Jésus est venu, et a ravivé en moi le désir d’un amour toujours plus grand. Assez troublée par ma misère, je n’osais pas fixer sur Lui mon regard ni Lui parler... Je cherchais à me cacher sous toutes les montagnes ; et je l’ai fait: j’ai couru vers celles-ci et toutes, elles sont tombées sur moi. Alors j’ai pu m’écrier :

Jésus, mon amour n’a d’autre fin que de vous aimer. Je veux vous aimer, mais non pas pour paraître ni pour plaire aux créatures.

J’ai continué de demander l’amour de Jésus, sous le poids écrasant des terribles montagnes.[61]

Je voulais vivre la vie du Ciel, dans la pensée de tout ce que se passait là-haut, en ce jour. Je voulais fêter les saints et louer le Seigneur avec eux, mais je ne le pouvais point. Je criais seulement :

Jésus, je veux vous aimer !

Mais mon cri n’était pas entendu, ne sortais pas, restait suffoqué par les rochers.[62]

Que faire, mon Dieu ? J’accepte avec joie tout ce qui m’arrive de vos mains bénies. Je suis à vous et tout cela est pour vous.

De temps à autre, parmi ces désirs d’amour, intervenaient les menaces du démon, jusqu’au moment où, la nuit arrivant, il est devenu furieux. Il utilisa tous les moyens et tous les noms mauvais ; il a même trouvé le moyen de me faire sentir dans l’âme des désirs de pécher.

Ce sont des choses à lui, car moi, je ne veux pas pécher. Je préfère des millions d’enfers à la plus petite faute... [63]

« Tu es la reine de la douleur... »

Ma reine ! Tu es ma reine, parce que je suis ton Roi, je suis sur ton trône, je règne en toi, tu es donc ma reine...

Je te donne encore davantage : le titre de reine de la douleur, reine de l’amour, reine des pécheurs. Tu régneras, tu triompheras sur eux.

(...)
Je suis ton Époux, je suis ton Roi, Seigneur de tout ton être. Je t’ai fait dépositaire de tout ; je t’ai donné toutes mes richesses... Je t’ai fait puissante sur la terre et dans le Ciel... Bienheureux les pécheurs qui, au moment de leur mort, auront quelqu’un qui te les recommande et te les confie... Tu régneras, tu triompheras sur eux. [64]

« O ma fille, ô bien-aimée de mon Jésus !... »

Jésus m’a déposée entre les bras de la Maman du Ciel. Avec combien de douceur et si affectueusement Elle m'a embrassée ! Mon visage était tout contre le sien, couvert de tendresse et de ses caresses! Je peux le dire : plus jamais je ne me suis sentie de la sorte. J'ai eu un avant goût du Ciel. J'avais l'impression d'être enveloppée par un nuage.

Maman, ma Petite-Maman, quel bonheur le mien !... Qu'est-ce que ce sera alors de jouir de vous au Ciel et pour toute l'éternité !...

— O ma fille, ô bien-aimée de mon Jésus, aie confiance, confie ! Dans peu de temps, bien peu, pour toi ce sera le Ciel, la joie éternelle. Je te le confirme, ma fille, les paroles du tien et mon Jésus : tu ne l'offenses pas.[65] J'ai compassion de toi, de te voir au milieu d'aussi cruelles luttes, sachant combien tu aimes la pureté : c'est pour cela que je t'aime et que Jésus t’aime, Lui aussi. Il a besoin de ta réparation. Si seulement tu savais combien Il est offensé par les manquements fréquents à la vertu de la sainte pureté !

Elle m’a caressée de nouveau et Elle-même m’a confiée à Jésus.

— Prends, mon Fils, prends ta fille. Donne-lui maintenant ton amour, comble-la de tes tendresses.

(...)
Prise dans les affres de l’amour, et la douleur amère de mes fautes, le divin Esprit-Saint a agité ses ailes, dans la partie la plus intime de mon âme. Il a fait avec moi comme les oiseaux font avec leurs petits, dans leur nid. Avec son bec de feu divin, il a alimenté mon cœur et ensuite, l’introduisant entre mes lèvres, il a alimenté tout mon être. Je me suis senti une vie toute nouvelle. Je pouvais aimer et servir mon Jésus. Ces moments sont brefs ; je retourne presque aussitôt sur ma croix, presque aussitôt je me retrouve sans vie. [66]

*****

NOTES

[1] Journal du 4 février 1944.

[2] Le docteur Azevedo écrivait, le 29 décembre 1943 au Père Mariano Pinho: “J’ai écrit au Vicaire-général de Braga et à l’Archevêque, d’une manière très respectueuse et franche, pour leur dire que le retard apporté à l’étude des phénomènes de Balasar est inadmissible. Le Vicaire-général m’a répondu: — Je vous informe que j’ai l’intention de faire contrôler les faits auxquels vous faites allusion, tout du moins pour donner satisfaction aux demandes citées, dans la mesure nécessaire et possible.”

  Le 28 février 1944, le même médecin informe de nouveau le Père Mariano Pinho: “L’Archevêque me communique que bientôt seront étudiés, sous l’aspect mystique les phénomènes de Balasar. Sans me décourager, j’insisterai pour que cette étude soit menée à bien.”

[3] Journal du mois de février 1944.

[4] Alexandrina souffre, par moments, dans son âme, les peines de la privation de Dieu, propres aux âmes damnées, toujours dans le but de sauver des âmes.

[5] Journal du 13 mai 1944.

[6] Journal du 21 mai 1944

[7] Au mois de février 1944, Felizmina Martins qui, depuis toute petite avait été accueillie, par charité, par la maman d’Alexandrina, quitta la maison, sans la moindre explication. Fille spirituelle du chanoine Molho de Faria, président de la Commission des théologiens, nommée par l’archevêque pour étudier le “cas” de Balasar, cette jeune fille sera, avec quelques autres dames du pays, la cause prépondérante du verdict négatif, voir même calomnieux, publié par l’archevêque de Braga, suite à l’enquête menée par lesdits théologiens.

Il est bon de signaler que ces prêtres, chargés d’une mission aussi importante, n’ont jamais visité la Servante de Dieu au cours de ladite enquête, ce qui dénote déjà le peu de sérieux avec lequel cette “affaire” a été menée.

En ce qui concerne la jeune Felizmina Martins, voici ce qu’écrivait le docteur Azevedo à son sujet, le 22 septembre 1944, dans une lettre adressé au Père Umberto Pasquale, deuxième directeur spirituel de la Servante de Dieu: “... Elle est la personnification de l’ingratitude... Ils se sont servis d’elle comme d’autres se sont servis de Judas...

La troisième personne qui influença le chanoine Molho de Faria, contre Alexandrina et aida Felizmina Martins à écrire une lettre à ce dernier, ce fut Teresa Matias. Sur elle, divers témoins ont avoué: “Elle est une vraie renarde!

Ce fut, malheureusement à cette source, que des théologiens responsables ont puisé la matière nécessaire pour porter un jugement sur les faits de Balasar. Au n° 6 de leur rapport, on peu lire cette affirmation plutôt symptomatique: “Avec Alexandrina, sa sœur et sa mère, vivait une jeune fille (Felizmina), déjà religieuse, que l’on disait bonne. Les contrastes ont été si importants que cette jeune fille a du quitter la maison.

[8] Journal du 29 mai 1944.

[9] Physiquement.

[10] Journal du 16 juin 1944.

[11] Extase du 23 juin 1944

[12] Journal du 25 juin 1944.

[13] L’échange de cœur est l’un des phénomènes les plus courants dans la vie des saints: sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse d’Avila, la bienheureuse Marie du Divin-Cœur, sainte Catherine de Ricci, et bien d’autres ont bénéficié de cette grâce inouïe.

[14] Journal du 3 juillet 1944.

[15] L’une des formes de souffrance consiste dans le fait d’avoir l’impression de ne pas aimer Jésus, et de se sentir dans une éternité sans Dieu.

[16] C’est Jésus qui vit en elle.

[17] Journal du 20 juillet 1944.

[18] Lire: les croix que Jésus lui envoi.

[19] Lettre du 20 juillet 1944 au Père Umberto Pasquale.

[20] Cette tempête présageait la conclusion inique de la commission d’enquête, suite à laquelle, l’archevêque prit publiquement position conte les “prétendus faits extraordinaires”, par une lettre pastorale, devant être lue dans toutes les églises de l’archidiocèse de Braga. Cela fut très douloureux pour Alexandrina et pour tous ceux, en dehors de sa famille et amis, qui s’intéressaient honnêtement aux “faits” de Balasar.

[21] Journal du 27 juillet 1944.

[22] A propos du “coup très dur” assorti de cette menace, il est bon de lire les lignes suivantes, écrites par le bon docteur Azevedo au Père Umberto Pasquale le 21 août 1944: “... Si je n’étais pas assuré, absolument certain, de la persévérance d’Alexandrina, j’aurais passé bien des jours dans la plus grande tristesse dans la crainte qu’elle ne perde courage. La dernière souffrance a été si poignante! Le curé lui a annoncé la nouvelle de telle manière que si Alexandrina n’était pas celle que nous connaissons, elle serait tombée dans le découragement, tout du moins pour le moment. Au contraire, héroïque comme toujours, elle en sort toujours victorieuse avec le Seigneur...”

[23] Vie mystique.

[24] Sainte Thérèse d’Avila dit que les hostilités servent au Seigneur à faire connaître les faveurs qu’il accorde aux âmes. C’est ainsi qu’a Balasar, les opposants et diffamateurs d’Alexandrina, devinrent, sans le vouloir, ses plus “ardents” propagateurs. Les voies du Seigneur...

[25] Journal du 1er août 1944.

[26] Journal du 10 août 1944.

[27] Journal du 12 août 1944.

[28] Saint Jean de la Croix “Cantique spirituel” B, Strophe 9, 3-6.

[29] Sainte Catherine de Gênes; Dialogue 2°, 11, et sainte Thérèse d’Avila; 7e Mansion, chapitre 1, parlent de la division de l’âme et de l’esprit que saint Paul, Heb. 4,12, attribue à la Parole divine. Alexandrina expérimenta cette séparation aussi en février de cette même année. Cette opération divine arrive pendant les fiançailles spirituelles Voir Arintero, “L’évolution mystique”, chapitre 5).

[30] Journal du 15 août 1944.

[31] Tous les ans, au mois de septembre, en effet, le curé, le Père Leopoldino, partait à la plage ou en cure et Dom Umberto, au courent de ceci, choisit Balasar pour y passer quelques jours de vacances, avec l’accord de son supérieur. Le curé, le voyant, avant son départ, fut assez content de pouvoir lui confier la charge de le remplacer , lui déléguant les pleins pouvoirs pastoraux. Dom Umberto se limita à la célébration de la Messe et à quelques confessions, quand sollicité. Au courant de l’interdiction d’assister aux extases du vendredi, lui, de 14,30 à 15,30 heures, restait à l’église, afin que nul ne pensa qu’il désobéissait aux dispositions de l’autorité ecclésiastique.

[32] Alexandrina avait sollicité le Père Umberto comme directeur spirituel. Celui-ci n’a pas voulu lui donner une réponse immédiate, ne se jugent digne de cette tâche et, ne voulant pas le faire non plus sans consulter, auparavant le Père Mariano Pinho, premier directeur spirituel de la Servante de Dieu.

Il expliqua, en outre à Alexandrina, qu’il ne voulait, en aucun cas, prendre la place de quelqu’un d’autre. Il voulait bien, toutefois, remplacer le Père Mariano Pinho, pendant que celui-ci serait empêché de venir auprès d’elle.

Ce même jour, sur deux petites images, Alexandrina nota: “J’ai l’impression que, aujourd’hui, vous vous êtes attaché notre âme. Dès ce moment, si vous me le permettez, je vous considérerez comme mon second Père... J’ai remarqué qu’après le premier, vous êtes celui qui m’avez le mieux comprise...”

Le 9 septembre de cette même année, Jésus lui dit: “Union pure, union sainte, union divine sur la terre et dans le Ciel. Présente, ma fille, à celui qui le mérite, mon remerciement et celui de Marie, de mon amour et aussi sien!”

[33] Journal du 8 septembre 1944.

[34] Que l’une d’elles, Maria Machado, nourrissait une haine féroce à Alexandrina, on peut le déduire de la phrase suivante, prononcée en 1965, pendant l’instruction du procès en vue de la béatification et canonisation: “Tant que je vivrai, je m’opposerai à ce que Alexandrina arrive sur les autels.

Laurentino Malta témoigna: “La Machado fait partie de toutes les associations paroissiales et les a bousculées par son caractère impérieux et intrigant. Elle est une dame dangereuse par son instinct de vengeance. Ce fut elle qui suggéra à Felizmina de quitter la maison d’Alexandrina. Felizmina est une malade qui se laisse manœuvrer.”

Le père de Maria Machado, lui-même déposa: “Alexandrina est une âme de Dieu. Ceux qui la visitent l’ont fait souffrir beaucoup: ce sont d’authentiques diables! Quand ma fille s’est introduite dans cette maison, Alexandrina aurait du la chasser à coups de balai.”

Sãozinha à son tour affirma: “Pendant une réunion de piété, la Machado menaça le curé, lui mettant ses poings devant le nez!

[35] Journal du 15 septembre 1944.

[36] Le Père Mariano Pinho, sj.

[37] Depuis quelques jours, à l’Institut salésien de Mogafores, la communauté (une trentaine de personnes), avait remarqué, par intermittences, des ondées d’un parfum très fin et indéfinissable, que ce soit à l’intérieur de la maison ou dans la cours. Étant donné que Alexandrina, coopératrice salésienne depuis le 15 août, s’unissait spirituellement aux prières et au travail des salésiens, Dom Umberto avait l’intention de lui demander une explication sur ces parfums. Il en prit note sur son agenda, mais arrivé à Balasar, il oublia de poser la question. Ayant déjà pris congé, il s’apprêtait à partir quand elle le rappela et lui donna cette explication de la part de Jésus.

[38] Le Père Pasquale était présent et il a vu Alexandrina bondir impétueusement sur son lit, ravie en extase. Son visage était enflammé.

Journal du 27 septembre 1944.

[39] Ce ne sont pas ses péchés à elle; ce sont ceux des pécheurs, pour lesquels elle s’est offerte comme victime.

[40]Je me sens mourir d’amour et je ne sens pas d’amour, je me trouve abîmée dans l’amour, et je ne connais pas l’amour: je le sens opérer en moi et je ne comprends pas l’opération; je sens mon cœur brûler d’amour, et je n’en vois pas le feu” (Sainte Catherine de Gênes. “Dialogues” III Chap. 3).

Journal du 28 septembre 1944.

[41] Journal du 29 septembre 1944.

[42] En cette période le démon la tourmentait dans son imagination. Depuis un certain temps déjà, Jésus n’avait plus permis que l’esprit infernal la touche, ce qui arrivait dans le passé, bien souvent. Le démon est allé jusqu’à la jeter hors du lit et à lui voler son crucifix qui fut trouvé deux ans après dans la porcherie, complètement mordu, non pas par les animaux eux-mêmes, mais par le diable.

[43] Journal du 2 octobre 1944.

[44] Ce même jour, le bon Salésien qui allait être le deuxième directeur spirituel d’Alexandrina, rencontra chez celle-ci le bon et actif docteur Azevedo. Il lui remit une relation pour l’archevêque laquelle démontait, point par point, tous les arguments fallacieux de la Commission d’enquête qui avait émis une conclusion défavorable vis-à-vis de la Servante de Dieu.

La relation une fois remise au docteur, le Père Umberto fut pris d’une indicible angoisse, peut-être même d’une vraie panique, pressentant les conséquences de cette prise de position publique. Il dit à Alexandrina, qui ignorait tout, qu’il allait s’absenter quelques instants pour lire son bréviaire. Au contraire, il se réfugia dans une pinède voisine pour s’épancher, pleurant et tremblant. Puis il se mit à genoux et adressa au Seigneur cette prière fervente: “Vous connaissez la raison de ma venue à Balasar. J’ai droit à un signe qui me confirme que la cause est bien la votre...”

[45] Elle souhaitait s’ouvrir au Père Umberto, mais au moment de le faire elle ressentit une certaine difficulté, compréhensible, pour la délicatesse de l’affaire traitée.

[46] Journal du 11 octobre 1944.

[47] Le curé, qui devait encore prendre le train, avait une autre malade qui attendait pour recevoir la Communion. Afin de se dépêcher pour ne pas rater son voyage, il demanda au Père Umberto de donner lui-même la Communion à Alexandrina. Le Seigneur avait, en effet, une “commission” à faire au bon Salésien...

[48] Le Père Umberto, à peine la Messe terminée, demanda au sacristain le ciboire pour porter la communion à Alexandrina. Celui-ci lui répondit que monsieur le curé l’avait déjà pris et qu’il fallait attendre son retour. Le Salésien se mit alors en prière, en attendant le retour du curé. A un certain moment, Deolinda arriva et dit à Dom Pasquale: “Mon Père, venez, le Seigneur est déjà à la maison... Alexandrina est levée... et il fait si froid!” Et elle retourna chez elle en courant. En arrivant à son tour, le Père Umberto trouva Alexandrina en extase: elle chantait d’une voix merveilleuse. Dès qu’il l’approcha, elle s’est arrêtée: elle était transfigurée. Le Père Umberto lui ordonna alors de se remettre au lit. Toute seule — alors que d’habitude il fallait l’aider avec beaucoup de soin — elle y retourna.

Dom Umberto lui administra alors la Communion et se rendit compte qu’elle était encore en extase. Bientôt il va avoir la réponse à ses préoccupations au sujet de sa prise de position contre le résultat de la Commission d’enquête.

[49] Journal du 12 octobre 1944.

Le Père Pasquale la contemplait encore en extase, quand une pensée lui vînt: “Il me plairait de savoir ce qui se passe entre vous deux ” (Jésus et Alexandrina). Aussitôt Alexandrina commença à parler. Dom Umberto tremblait d’émotion en notant sur son carnet les paroles prononcées pendant l’extase. Alors qu’il écrivait, il prit du retard. Mentalement, au moins trois fois, il dit à Jésus: “J’ai pris du retard”. Et autant de fois Jésus recommença la phrase que Dom Pasquale n’avait pu écrire. Dans ce qu’il écrivait — le texte ci-dessus — le bon prêtre recevait la réponse qu’il avait demandé la veille, dans la pinède où il s’était caché pour pleurer et prier.

Il faut encore souligner que cette extase avait lieu un jeudi, alors qu’habituellement Alexandrina ne parlait que pendant l’extase du vendredi.

[50] Journal du 15 octobre 1944.

[51] Journal du 20 octobre 1944.

[52] Journal du 24 octobre 1944.

[53] Les écrits étaient envoyés par la poste à Dom Umberto qui résidait à Mogafores (à environ 150 km de Balasar) pour être transcrits à la machine. Quelquefois il arrivait que certains plis soient égarés, ou simplement retardés. A ces écrits Alexandrina avait donné le titre de “Sentiments de l’Âme” (Sentimentos da Alma) et c’est sur ce titre qu’ils ont été recueillis pour être présentés lors du procès de béatification.

Les précédents, lorsque son premier directeur spirituel lui a été enlevé, et qui se réduisent à quelques notes sur les choses spirituelles, ont été rassemblées aux autres et le tout intitulé “Journal“ (Diário), pour une meilleur uniformité.

[54] Journal du 25 octobre 1944.

[55] Journal du 27 octobre 1944.

[56]Il faut que, pour l’amour de Dieu, cette créature vive toujours comme si elle était morte.

Je la compare à un homme pendu par les pieds et qui vivrait en cet état; quand même on pourrait dire que le cœur de cet homme est content, et que cela fût vrai, de quel bien jouirait son corps?

Il en est ainsi de l’humanité dont je parle: ne pouvant vivre selon sa nature, je la vois toujours crucifiée et grandement affligée. Elle existe sans savoir comment, ni quelle et sa nourriture; elle n’a désir de rein; mais elle demeure en Dieu.”

— Sainte Catherine de Gênes “Dialogues” - III, Chap. 9

[57] Journal du 30 octobre 1944.

À cette même date, le docteur Azevedo écrivait au Père Pasquale: “... Je m’aperçois que nous deux devrions aller voir cette martyr autant de fois que nous pourrions... Quelle héroïne! Si mal comprise pourtant de l’autorité ecclésiastique! Quelle gloire pour le Portugal et pour nous!”

[58] Ce sont des luttes contre le démon qui déjà depuis quelque temps la tourmente avec une grande violence.

Le 18 octobre 1944, la lutte fut si violente que la cousine Maximina, présente, dû recourir à l’eau bénite et à une prière d’exorcisme (comme l’avait ordonné le Père Pasquale) pour éloigner le démon.

[59] Habituellement Alexandrina tenait dans sa main ou sur sa poitrine une petite statuette de la Sainte Vierge, et accrochée à une boucle, un crucifix.

[60] Suite aux assauts du démon.

[61] Voir :saint Jean de la Croix, “Cantique Spirituel”, strophe 3.

[62] Saint Jean de la Croix: “Cantique spirituel”, strophe 1-2.

[63] Journal du 1er novembre 1944.

[64] Journal du 3 novembre 1944.

[65] Pendant les assauts du démon.

[66] Journal du 4 novembre 1944.

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