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CHAPITRE XVII

LA RÉACTION DU PRÉSIDENT DE LA COMMISSION

 

Du Journal du 27 novembre 1944

Il était 14,30 heures lorsque j’ai entendu des pas. Rapidement je me suis rendu compte qu’il s’agissait de Monsieur le Curé... Il est entré, s’est assit et, avant toute autre chose il m’a demandé qui était mon directeur spirituel, en ajoutant de suite :

Je fais ceci, parce que j’y suis obligé. Cela me coûte beaucoup ; mais aie patience : il est nécessaire que je procède ainsi car j’ai reçu de nouvelles consignes, afin que certaines choses soient éclairées. Tu ne peux plus te confesser au Père Umberto. Moi-même je ne peux plus l’autoriser à célébrer la messe dans l’église paroissiale et non plus lui permettre de te porter la communion, sauf s’il me présente une autorisation écrite de l’archevêque.

Je Lui ai répondu :

Nous obéirons, Monsieur le Curé. Béni et loué soit le Seigneur !

Il m’a demandé si je savais pourquoi il s’était rendu chez moi. J’ai répondu que je l’ignorais.

Mais lui, il est ton directeur spirituel ?

Je me suis confessée à lui deux ou trois fois. Je ne suis pas la seule à le faire. Toutefois, j’avais remarqué qu’il comprenait bien mon âme. Mon confesseur c’est le Père Alberto Gomes et çà vous le savez.

Mais le Père Umberto, est-il ton directeur ?

Il m’a dirigée. Toutefois il m’a dit qu’il ne voulait en aucun cas s’ingérer ou se substituer à quelqu’un d’autre : c’est-à-dire le Père Pinho et le confesseur. Il ajouta même qu’il était convenable que le Père Alberto soit au courant que je m’étais confessée à lui.

Monsieur le Curé, avec beaucoup de charité m’a dit :

Le Père Umberto peut venir ici te visiter, et peut aussi te conseiller par écrit.

L’interrogatoire terminé, il s’en est allé. »

La marmite sans couvercle

On pourra se demander de qui le curé de Balasar avait reçu cette prohibition concernant le Père Umberto. La réponse est facile : l’ordre venait du chanoine Molho de Faria, lequel venait régulièrement à Balasar. Il y avait une petite clientèle de pénitentes, parmi lesquelles une certaine Maria Machado, laquelle n’avait pas été autorisée par le Père Pinho à assister à la passion — de là son hostilité envers Alexandrina ; une certaine Teresa Matias définie comme “une authentique renarde” par un certain nombre de paysans ; et enfin, Felizmina dos Santos. Celle-ci avait passé douze années avec la servante de Dieu, où elle était traitée comme une sœur, comme faisant partie de la famille. Par la suite, encouragée par Maria Machado, elle avait repris son indépendance, en 1943.

C’est à ces sources que le chanoine Molho de Faria recueillit une grande partie des accusations pour étayer son appréciation et donner son avis sur l’enquête que l’archevêque lui avait confiée. Mauvais service vis à vis du prélat !

Une lettre à l’Inspecteur salésien

Le chanoine Molho écrivit au supérieur du Père Umberto et data sa lettre du 28 juillet ; mais la signature de l’archevêque est seulement au bas de la page de la fameuse circulaire déjà citée et qui fut lue et commentée dans un grand nombre d’églises : voilà ... il fit une casserole sans couvercle !...

La lettre du chanoine disait :

« Je vous fais parvenir ci-jointes quelques dispositions que j’ai dû prendre il y a quelque temps au sujet de la présumée voyante de ce diocèse pour laquelle quelques salésiens s’en préoccupent plus que de raison. Le Père Umberto Pasquale de Mogofores s’est mis en tête de se mêler de cette affaire, malgré le fait qu’il demeure aussi loin, se présentant comme étant le directeur spirituel de la voyante, contribuant à la perturbation chez les personnes les plus sensibles du village. Je souhaiterais que ledit prêtre (je pense que vous le connaissez) soit informé de ce qui a été défini par le prélat du diocèse et qu’il se décide à respecter lesdites dispositions. S’il en était autrement, il ne pourrait bénéficier de l’autorisation de confesser dans le diocèse, comme il le souhaitait.

Il est en outre incompréhensible que, ne disposant pas encore de celle-ci, il se présente à Balasar en tant que directeur spirituel de la malade .»

Les affirmations que nous venons de transcrire, révèlent à elles seules les sources d’information auxquelles a pu recourir le président de la commission, probablement humilié suite à l’exposé envoyé au prélat par le Père Umberto. L’archevêque, au contraire, probablement, ayant reconsidéré le cas, enleva la prohibition d’assister aux extases du vendredi.

Une lettre adressée à l’archevêque...

Le Père Umberto, ayant reçu des mains même de l’inspecteur salésien la lettre, se sentit un devoir d’expliquer à l’archevêque les particularités qui le concernaient.

        « Je me permets de vous écrire, non pour justifier ma personne qui n’a aucun intérêt, mais seulement pour éclaircir un événement lié à des faits qui pourraient être sujets à des commentaires, ainsi que pour enlever une marque qui risquerait de les défigurer. La vérité est toujours un bien.

        Je viens de recevoir de mon directeur une lettre où il m’est reproché d’avoir confessé dans une localité où je n’y avais pas été autorisé. Voici donc pourquoi cela est arrivé deux fois, si je ne me trompe. Je me suis rendu un jour à Balasar pour m’y reposer un peu. Le curé de la localité devait s’absenter pour raison de cure thermale. Informé de cela, je lui ai envoyé quelqu’un pour demander l’autorisation de célébrer la messe durant cette semaine-là. Heureux de ma démarche, celui-ci me demanda de m’occuper de la paroisse, pendant son absence. Il va de soit, j’imagine, qu’il se dit que je bénéficiais d’une autorisation, car il me demanda, en outre, d’administrer l’Extrême-onction aux infirmes, en cas de besoin (il y avait dans le village un malade grave) ; de procéder aux funérailles, de confesser, etc. S’il agit de bonne fois, je vous fais remarquer que moi aussi, en pensant que “per modum actus” j’avais la permission de le faire avec des prêtres connus, comme je l’ai ici, dans la paroisse de Mogofores. Je m’en suis davantage persuadé de cela quand, à un certain moment, il me demanda de confesser une personne du presbytère. La bonne foi était telle que jamais je n’ai pensé de lui demander quoi que ce soit à ce sujet, et, par ailleurs, lui non plus.

        A cette occasion, j’ai confessé deux fois, ce me semble, Alexandrina Maria da Costa, que je connaissais déjà depuis deux mois, et que, sur sa demande, je dirigeais spirituellement, en dehors de la confession, depuis environ un mois. Quand je me suis rendu compte que l’autorisation était nécessaire parce que d’autres personnes, parmi lesquelles des prêtres, me demandaient de les confesser, je l’ai demandée à votre Excellence.

        Voici ce qui arrive : sans la prétention de m’attribuer la charge spirituelle de la malade (car le directeur spirituel ne s’impose pas aux âmes) ; et non plus sans être animé de la moindre volonté d’enfreindre le droit canonique, ce qui serait tout simplement diabolique.

        Quant aux ordres reçus de votre Excellence concernant les faits de Balasar, je pense que mon supérieur, à qui j’ai informé en toute vérité, vous a déjà répondu. Je n’ai été informé que de l’interdiction d’assister aux extases du vendredi et, en cela j’ai pleinement obéi. Pour ce qui concerne ce que j’ai écrit au distingué docteur Azevedo, toujours sous le sceau de la confidence et pour aider la vérité, je l’ai écrit avec une bonne intention et je ne peux point me rétracter, même si je devais être jugé par qui de droit. Ce que j’ai écrit, peut-il être démenti, ou jugé sans valeur et erroné ? Sans aucun doute, cela se peut, au même titre que toutes autres opinions ou conclusions sur les faits de Balasar, étant donné que nous ne sommes pas infaillibles. Mais la vérité naît des arguments et de l’étude de l’ensemble des faits et de la personne.

        L’ordre reçu de mon supérieur supprime tout contact avec Balasar. Je ne me lamente pas de ce fait ni de personne : j’obéirai parce que dans l’obéissance je vois la volonté de Dieu. Le jour où la vérité se fera, qu’elle soit pour moi ou contre moi, j’en serai très content, mais je porterai pour toujours dans mon cœur sacerdotal le calvaire d’une âme à qui a été enlevée l’aide d’un directeur qui la soulage dans l’indicible souffrance et la guide dans son cheminement si difficile. Si je le pouvais, je me mettrais à genoux devant votre Excellence pour lui demander le retour du directeur (je ne parle pas de mon inutile personne). Veuillez me pardonner pour le temps que je vous ai pris, et le désagrément que j’ai pu vous causer et, je vous demande votre bénédiction.

Mogofores, le 4 décembre 1944
Père Umberto Pasquale »

Solidarité fraternelle

En défense du Père Umberto, tous les confrères de la Maison de Mogofores, se montrèrent solidaires pour demander à leur inspecteur d’intervenir auprès de l’archevêque de Braga, si mal desservi par les théologiens de la commission. A la demande même du propre Père Umberto, certains de ses collègues s’étaient rendus chez la malade de Balasar, afin d’étudier le cas sous ses divers aspects. De celle-ci ils avaient reçu une longue lettre, dans laquelle, entre autres choses, ont pouvait lire :

« Je me sens très heureuse et si riche de votre aide. O mon Dieu, je ne suis plus toute seule ; j’ai maintenant quelqu’un pour m’aider à monter mon douloureux calvaire... »

Pendant la visite canonique qu’effectua l’inspecteur Dom Ermenegildo Carrà, celui-ci demanda au Père Umberto de pouvoir lire le Journal d’Alexandrina. Quand il y lût que « le démon, très content, applaudissait, dansait, ricanait en disant “Voyez ! le Père Umberto et le docteur ne viennent plus ici ; ils en ont reçu l’ordre formel”. Et il ajoutait des insanités... », il appela le Père Umberto et en ouvrant son agenda lui dit : « Regardez la date... C’est celle du jour à partir du quel, de Lisbonne, l’on vous interdisait de retourner à Balasar... Oh ! je ne veux pas être l’instrument de Satan ! J’ai les pouvoirs de l’Ordinaire à toutes fins utiles : je peux visiter une malade et prendre avec moi qui je veux... Prenez votre chapeau et allons à Balasar. »

Il s’entretînt longuement avec Alexandrina, et fut très édifié et hautement émerveillé par la sagesse avec laquelle elle répondit à certaines questions sur des problèmes en rapport avec sa mission de supérieur.

Nous pouvons livre dans le Journal d’Alexandrina :

« ... Le 13 [janvier], parmi les visites qui m’ont le plus fait plaisir ce fut celle de celui que depuis longtemps j’attendais et qui était le vœu le plus cher de mon âme... Pendant la nuit j’ai entendu Jésus qui me disait :

Dis à mon cher Père Umberto que Je le remercie d’être venu ranimer l’âme de mon épouse, de Ma victime bien aimée... Donne-lui mes grâces, bénédictions et amour, à lui et à toute la congrégation. Il est lié par une seule aile : il n’est qu’à moitié empêché de voler. Pour cela même J’accorde bénédictions et grâces à toute la congrégation... Je veux qu’il te soutienne, étant donné que celui qui désirerait le faire, ne le peut pas, ton Père Pinho, lequel a été empêché de tout envol, et pas encore satisfaits, ils l’attaquent de tous côtés. »

Dom Carrà permit au Père Umberto de visiter encore Alexandrina, mais lui conseilla de le faire avec prudence pour éviter les possibles critiques du pays.

Ainsi, il y retourna plusieurs fois, se cachant dans la voiture pour ne pas être reconnu. Mais Maria Machado était toujours aux aguets, près de sa maison située dans le flanc de la colline, tout près de la route ; elle le vit et le reconnu, et donna l’alarme.

Un certain Laurentino Malta reçut du père de ladite Machado cette affirmation, qu’il confia en 1965 au Père Umberto : « Ces démons de femmes qui tournoyaient autour d’Alexandrina l’ont bien fait souffrir. En ce qui concerne ma fille, j’aurais dû prendre le balai et la mettre dehors. J’aurais très bien fait. »

La zélée espionne s’est fait un devoir de le communiquer au chanoine Molho de Faria. Celui-ci imposa au curé de Balasar d’écrire la lettre suivante, le 15 mars 1945 :

« Certains théologiens, ayant étudié le cas d’Alexandrina, n’y trouvèrent rien d’extraordinaire. Que la malade souffre, moi je le crois volontiers. Elle a son directeur, mais ce n’est pas moi, pour la réconforter et l’encourager dans la souffrance. Nous ne devrions pas mettre la faux dans la moisson d’autrui ».

Un Dom Abondio ressuscité ! Ses deux comportements ne s’épousent pas : celui-ci et celui-là  faisait référence à ce qu’il disait à Alexandrina le 27 novembre 1944:

« Le Père Umberto peut venir ici te visiter et te conseiller par écrit. »

Desseins du Ciel ! Le deuxième directeur, n’étant pas lié par le secret sacerdotal, pourra écrire la première biographie d’Alexandrina, et dans le procès diocésain sur les vertus, il en sera le témoin principal.

En septembre 1945 l’inspecteur envoya le Père Umberto à Porto, dans la maison qui accueillait des jeunes pauvres pour les cours élémentaires et professionnels. Prévoyant qu’il serait envoyé confesser à la maison de retraite de Vila do Conde, dirigée par les salésiens, dans le diocèse de Braga, il demanda à cet effet, à l’archevêque de Braga l’indispensable autorisation. Il l’obtînt rapidement, mais le Père Umberto ne s’en est jamais servie pour confesser Alexandrina, même s’il commença à la visiter plus fréquemment, car la distance n’était plus maintenant que de 50 kilomètres au lieu de 150.  

 

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